Djamel Belmadi : Le Fennec le plus ultra

Vingt-neuf ans après, l’Algérie a décroché la deuxième Coupe d’Afrique des Nations de son histoire aux dépens du Sénégal (1-0). Après des années de disette, les Fennecs ont enfin renouer enfin avec leur glorieux passé. Un retour en haut de l’affiche rendu possible grâce au nouvel homme fort de son équipe nationale : le sélectionneur Djamel Belmadi.

par Gabriel Blondel.

Les Fennecs renaissent de leurs cendres. Si cela dérange certains « réacs », elle hérisse le poil de tous les amoureux de ballon rond. Les Algériens ont réalisé un véritable exploit en remportant leur deuxième titre continental depuis leur seul et unique sacre, sur leurs terres, en 1990. Vingt-neuf ans ans d’attente. Une éternité enfin révolue.

Le film du match

Baghdad Bounedjah célébrant son but à la 2e minute de jeu.

Certes, cette finale ne restera pas dans les livres d’histoire pour sa beauté. L’ouverture du score de Bounedjah, toute aussi précoce que chanceuse, dès la deuxième minute de jeu, laissait pourtant présager un affrontement de haute volée entre les deux meilleures équipes du tournoi. Mais après avoir regardé la frappe contrée de leur numéro 9 s’envoler dans le ciel du Caire puis retomber dans les filets adverses, les « Guerriers du désert » ont fermé le jeu et battu en retraite pour défendre leur but.

A coups de tacles rugueux, de sorties aériennes et de parades décisives, les défenseurs algériens et leur gardien, Raïs M’bohli, a systématiquement repoussé les assauts sénégalais, trop rarement dangereux. Seuls frissons notables : le penalty accordé au Sénégal, puis logiquement refusé par l’arbitre à l’heure de jeu, après visionnage de la VAR ou la frappe du bordelais Youssouf Sabaly à la 69e. Les hommes de Djamel Belmadi n’ont pas rendu leur meilleure copie, mais ils ont fait honneur à cet état d’esprit irréprochable qu’ils ont montré tout au long de la CAN. Et puis comme on dit chez nous :  » Une finale, ça ne se joue pas, ça se gagne ».

Djamel l’avait bien dit

Nous avons l’ambition d’aller gagner cette CAN.

Djamel Belmadi, quelques jours avant le début de la CAN 2019
Riyah Mahrez, le capitaine algérien, soulève le trophée de la CAN au milieu de ses coéquipiers et de son staff.

Cette victoire algérienne est loin d’être due au hasard. Si les Fennecs se voient à nouveau en haut de l’affiche, c’est avant tout grâce au travail de celui dont personne ne voulait lors de son arrivée à la tête de la sélection nationale en août 2018. Le jour de sa nomination, Djamel Belmadi avait reçu une pluie diluvienne de critique au pays, car son nom n’était pas suffisamment « clinquant ». Orphelin de Vahid Halilhodžić, qui en 2014, avait amené les Fennecs jusqu’en huitièmes de finale de la coupe du monde, pour la première fois de leur histoire, éliminés en prolongation seulement par l’Allemagne, future championne du monde, la sélection algérienne multipliait les changements de casting et enchaînait les désillusions avant l’arrivée du natif de Champigny-sur-Marne, en région parsienne.

Cette renaissance soudaine est donc aussi étonnante qu’inattendue et laisse les supporters algériens dithyrambiques à l’égard de leur nouveau héros. Suite à la victoire en demi-finale aux dépens du Nigeria, un vieil homme présent dans le « kop » algérien, qui en a vu passer des vertes et des pas mûres, déclarait : « Belmadi est le meilleur entraîneur que l’on ait connu depuis l’indépendance ». Rien que ça. Lors des célébrations de la victoire sur les Champs-Elysées, on pouvait clairement entendre des « Belmadi Président ! ». D’autant que depuis la démission de Bouteflika, il y a une place à prendre…

Le retour de l’âme et du jeu

Djamel Belmadi célébré par ses joueurs à l’issue de la victoire.

La presse algérienne est unanime. Dans l’éloge nationale réservée au coach algérien, on retrouve le même constat : « Belmadi est parvenu à redonner une âme à l’équipe d’Algérie » écrit le quotidien algérien francophone al-Watan. Une mentalité irréprochable, un état d’esprit de guerriers, en un mot : privilégier le collectif aux individualités. Si certains construisent une équipe autour de leurs joueurs clés, lui, les intègrent à un système plus global. Belmadi a su faire des choix forts pour mettre fin aux « clans » qui gangrenaient l’ambiance du vestiaire algérien. En mettant de côté Faouzi Ghoulam, Nabil Bentaleb, ou en laissant des cadres de la sélection comme Islam Slimani ou Yassine Brahimi sur le banc, le technicien campinois a souhaité faire confiance à de nouvelles têtes dont la révélation du tournoi, Ismaël Bennacer, qui a illuminé le jeu des DZ de sa classe. Une force collective nouvelle, arrivée à maturité après seulement un an de mandat Belmadi… Chapeau l’artiste.

En excluant cette finale, les Algériens ont proposé tout au long de la compétition un jeu collectif léché basé sur des longues séquences de possession et des relances basses que l’on a pas forcément l’habitude de voir dans les compétitions internationales. Pas étonnant de voir les Fennecs terminés meilleure attaque et meilleure défense du tournoi. L’Algérie peut se targuer d’être représentée par une véritable « équipe » qui a avec elle le bénéfice de la jeunesse. Où s’arrêteront Bennacer, Attal, Mandi, Feghouli et consorts, dirigés par un meneur d’homme, de la trempe de Belmadi, que ses joueurs considèrent comme un « grand frère » ? Il ne sera peut-être pas nécessaire d’attendre vingt-neuf ans supplémentaires pour qu’une nouvelle étoile vienne s’ajouter à la deuxième acquise vendredi dernier, sur le maillot des Verts.

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