Riyad Mahrez : un tir court dans la nuit

Le Caire. 14 juillet. 23h. Demi-finale de la CAN. Le chronomètre défile. On est au-delà des quatre minutes de temps additionnel. Depuis que Bennacer s’est écroulé à quelques centimètres de la surface nigériane, c’est toute une équipe, un stade, un pays, un peuple qui retient son souffle. Leur destin est au bout du pied gauche d’un seul homme. Capitaine, ballon d’or africain, double-champion d’Angleterre, Riyad Mahrez n’est pas n’importe qui. Mais lorsque la pression monte, seuls les « grands joueurs » répondent présents.

par Gabriel Blondel.

Composition officielles des deux équipes au coup d’envoi de la demi-finale.

Cette Coupe d’Afrique des Nations 2019 restera dans les annales du football africain. La qualité du jeu produit, la ferveur des stades et l’épopée de Madagascar sont autant d’éléments qui rendaient ce tournoi déjà unique, alors que le bouquet final n’avait même pas encore commencé. Un grand nombre de favoris se sont déjà pris les pieds dans la « sajada » (nom arabe du « tapis de prière » en Islam) : le pays hôte, l’Egypte, le tenant du titre, le Cameroun, les « lions de l’Atlas » marocains et les « éléphants » ivoiriens ne sont plus de la partie et ont laissé filé le Nigéria, la Tunisie, le Sénégal et l’Algérie dans un dernier carré inédit. Seuls les Fennecs algériens, meilleure attaque et défense du tournoi, impressionnent et remportent l’intégralité de ses matchs depuis le début de la compétition. Ainsi les hommes de Djamel Belmadi, se présentent-ils face aux « Super Eagles » nigérians de Gernot Rohr dans la peau du favori, même si l’entraîneur algérien, en poste depuis août 2018, ne veut pas entendre parler de ce costume, désireux de ne pas rajouter de la pression sur ses joueurs.

Sûrs de leurs forces, ceux que l’on surnomme aussi les « Guerriers du désert », entrent sur la pelouse du Stade International du Caire avec la volonté d’atteindre leur première finale de CAN depuis 1990, année de leur dernier sacre dans la compétition. Une éternité.

21h à Paris, 20h au Caire, l’arbitre gambien, Bakary Gassama, siffle le coup d’envoi. Les Algériens, comme à leur habitude prennent le match par le bon bout et font parler leur jeu collectif pour asseoir leur domination. Peu inspirés en attaque, les « DZ » buttent sur le rideau défensif nigérian et peuvent compter sur la précision des passes de Feghouli et Belaïli pour alimenter le remuant avant-centre, Bounedjah. Mais le verrou nigérian résiste et il aura fallu attendre les dernières minutes de la première période pour que Riyad Mahrez en trouve la clé. Après un énième débordement sur le flanc droit, le citizen casse les reins du latéral gauche pour adresser un centre pied droit fort devant le but. Surpris par la trajectoire, le défenseur central des Super Eagles, Troost-Ekong, dévie involontairement le ballon dans ses propres filets. La chance sourit aux audacieux comme on dit, et c’est le cran du capitaine algérien qui est récompensé à la 40e minute.

La seconde période est lente, stressante surtout. Les adversaires se toisent. Ighalo, Iwoli et leurs coéquipiers ne se découvrent pas. Les Algériens sont pris entre deux feux : continuer à pousser pour inscrire le deuxième but et se mettre définitivement à l’abri, ou bien la jouer petit bras et défendre leur avance au score. Les acquis défensifs des Fennecs sont solides : un seul but encaissé par Raïs M’bohli depuis le début du tournoi en quarts de finale contre la Côte d’Ivoire.

Malheureusement en 2019, plus personne n’est à l’abri de se faire attraper par la police. Celle qui nie que les êtres humains sont des quadrupèdes munis de bras ornés de mains. Aïssa Mendy n’y a pas échappé. Le défenseur central des Fennecs regarde impuissant Ighalo transformer le penalty sifflé après usage de la VAR. Encore un penalty litigieux. On est plus à un près. 80e minute. Il ne reste plus beaucoup de temps avant les prolongations…

Riyad Mahrez tirant son coup-franc à la 94e minute, face au Nigéria en demi-finale de la CAN.

20 mètres, la distance qui sépare le cuir des filets nigérians n’est pas grande, mais 29 ans d’absence en finale de la CAN, 29 ans de disette sans aucun titre, peuvent paraître lointains. Surtout pour un seul homme qui, munit du brassard de capitaine, porte le poids de cette histoire sur ses épaules. Sous la pression, Djamel Belmadi ne tient plus sur ses jambes. Le sélectionneur algérien doit s’asseoir sur une glacière pour mieux lever les yeux au ciel et prier tout ce qui pourrait permettre à son joueur d’empêcher la tenue d’une nouvelle prolongation, ô combien incertaine. Concentré, stoïque, déterminé, le numéro 7 des Fennecs, lui, ne flanche pas. Au milieu de la clameur, un coup de sifflet retentit. Mahrez s’élance. Trois pas d’élan suffisent. La frappe est pure, aussi précise que puissante, et ne laisse aucune chance à Akpeyi. Pris sur sa droite, le portier des Super Eagles plonge dans le vide et ne peut qu’accompagner du regard la frappe de Mahrez. Les filets tremblent. La foule exulte. L’Algérie s’embrase, la France aussi. Le stress fait place à l’allégresse, aux klaxons et aux feux d’artifice. Une deuxième fête nationale débute sur les Champs-Elysées, la Cannebière, et ailleurs.

Aux côtés de Rachid Mekhloufi, Mustapha Zitouni et Rabah Madjer, Riyad Mahrez vient certainement d’inscrire son nom au panthéon du football algérien. Il reste encore une dernière marche à franchir avant de ramener une deuxième coupe d’Afrique des Nations à Alger. La finale de vendredi face aux Lions du Sénégal, s’annonce d’ores et déjà épique.

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