Etudes des enjeux et des limites du modèle économique et sportif de l’Olympique Lyonnais.

Il faut retourner en 1950 pour constater la création de l’Olympique Lyonnais, qui devient alors le club principal de la ville de Lyon. Après des débuts sans grand exploit notable, le club va prendre une envergure bien supérieure à partir de la fin des années 1980.

Au pouvoir depuis 1987, Jean-Michel Aulas, président emblématique de l’Olympique Lyonnais a fait entrer le club dans une autre dimension, que ce soit au niveau économique ou bien sportif. Construction d’un nouveau stade, un centre de formation parmi les meilleurs du monde, seul club français côté en bourse, de multiples titres nationaux pour les hommes (7 titres de champions de France consécutifs) et une équipe féminine sur le toit de la France et de l’Europe (13 titres de championnes de France, 5 Ligue des Champions).

Si les objectifs de l’OL, les résultats et les moyens mis en œuvre sont nombreux, que le modèle économique est prospère, le modèle sportif de ce dernier semble s’être peu à peu essoufflé ces dernières années, du moins du côté masculin.

Un modèle économique novateur et prospère, signe d’une bonne gestion économique

L’Olympique Lyonnais est entré depuis 2016 dans une nouvelle ère économique moderne. Avec l’arrivée de son tout nouveau stade de 58 000 places dont il est entièrement propriétaire, contrairement au Stade de Gerland qui appartenait à la mairie de la ville de Lyon, les recettes « stade » du club ont plus que doublé par rapport à l’époque de Gerland (52,9 millions d’euros sur la saison 2017-2018). Ceci est en partie dû à une diversification des activités de l’OL avec la réception dans son stade de concerts (Rihanna et Coldplay en 2016), d’événements sportifs majeurs (demi-finales et finale de la Coupe du Monde féminine) ou encore de séminaires. La seconde raison, outre l’accroissement du nombre de places assises, est l’élimination de tout commerce de proximité (stand de nourriture, vente de maillots), chaque achat fait dans l’enceinte du stade devenant une recette supplémentaire pour le club.

Groupama Stadium ou Parc OL

Cela ne s’arrête pas là, avec le développement en cours d’OL City autour du stade, projet visant à attirer un nombre croissant de visiteurs (1,4 millions en 2017/2018) dans le but de dynamiser le tourisme en rapport avec l’institution. Ce projet est encore en travaux, avec la construction en cours d’un hôtel, d’un pôle médical et d’immeubles de bureaux dont les ouvertures sont prévues au courant de l’année 2019.

Projet OL Ciy

Toutefois, cette nouvelle enceinte sportive a été le fruit d’un investissement non négligeable qui a nécessité un endettement du club, ainsi qu’un recours à des solutions externes. Comme le précise Bastien Drut dans son ouvrage Mercato : L’économie du football au XXIe siècle, le coût estimé de cette construction s’élève aux alentours de 380 millions d’euros ce qui pose un problème sachant que le chiffre d’affaire du club fluctue entre 100 et 150 millions d’euros avant l’inauguration du stade. Pour diversifier ses sources de financement, Jean-Michel Aulas avait prévu le coup et dès février 2007 introduit en bourse l’OL Groupe. Cette action, alors novatrice en France a permis de rassembler pas moins de 89 millions d’euros. De plus, dans le but de limiter l’endettement de l’Olympique Lyonnais, une entrée de capital de 100 millions d’euros a été réalisée fin 2016 par le biais de l’arrivée de l’investisseur chinois IDG European Sports Investment, désormais détenteur de 20% du capital du club. Si l’endettement de l’Olympique Lyonnais représentait un réel défi économique, culminant à plus de 300 millions d’euros à la fin de la saison 2015-2016, il est aujourd’hui en net baisse, atteignant 222 millions d’euros lors de la saison dernière.

Partenariat IDG-OL

Cet investissement et par conséquent cet endettement a conditionné la marche à suivre pour le nouveau modèle économique lyonnais, désormais dans l’obligation de faire disparaître cette dette. Cela s’est donc traduit par une stratégie de valorisation de ses meilleurs éléments dans le but de les vendre a de plus gros clubs, d’appui sur un centre de formation talentueux, ainsi que d’un recrutement intelligent et peu coûteux.

La formation et l’importance du mercato comme consolidations d’un projet ambitieux

D’après la dernière étude de l’Observatoire du football CIES l’OL est désormais 14e au classement des clubs ayant formé le plus de joueurs actuellement présents dans 31 premières divisions européennes et 2e au classement des clubs ayant formé le plus de joueurs présents dans les cinq grands championnats, derrière le Real de Madrid. Le club peut donc s’appuyer sur un centre de formation très performant, connu pour avoir sorti plus d’une pépite et permettant d’engranger des bénéfices importants au moment de la vente.

OL Academy

35 millions d’euros pour Karim Benzema en 2009, 41,5 millions pour Corentin Tolisso en 2017, 53 millions d’euros pour Alexandre Lacazette la même année ou encore 20 millions d’euros pour le jeune Willem Geubbels (alors âgé de 16 ans) en 2018. Ce ne sont pas moins de 250 millions d’euros de vente engrangés en dix ans pour l’OL, la plupart du temps la plus-value étant égale au montant du transfert, dans le cas de joueurs formés au club. La formation paye donc à Lyon, puisque le club est en capacité de sortir de nouveaux jeunes quasiment chaque année et de réussir à en tirer un bon profit sur le marché des transferts par la suite.

De plus, toujours dans cette logique de maintenir une économie viable, l’Olympique Lyonnais se concentre désormais sur le recrutement de jeunes joueurs à fort potentiel, souvent à un prix plus que raisonnable, voire totalement libre. En effet, depuis 2017 et la vente de plusieurs de ses cadres, la plupart formés au club, comme Lacazette, Tolisso, Maxime Gonalons ou encore Mouktar Diakhaby, la direction du club a entrepris une substitution de ces joueurs par un recrutement de jeunes joueurs ayant du mal à percer dans des clubs de plus grande envergure. Memphis Depay est donc arrivé pour 16,5 millions d’euros en provenance de Manchester United, suivi par Mariano Diaz (8 millions d’euros) du Real Madrid, Bertrand Traoré (10 millions) de Chelsea et Kenny Tete (3 millions) de l’Ajax en 2017, puis c’est ensuite Jason Denayer qui a rejoint les rangs lyonnais (6,5 millions), en provenance de Manchester City, à l’été 2018. Cette arrivée massive de ce type de joueurs s’est couplée à un recrutement de jeune pépites bien moins connues avec les arrivées de Ferland Mendy (5 millions) et Pape Diop (9 millions) en 2017 et de Martin Terrier (11 millions) et Léo Dubois (libre) en 2018. En deux ans, c’est plus de la moitié de l’effectif lyonnais qui a été renouvelé.

Signatures de Martin Terrier et Léo Dubois

L’OL semble donc être entré dans un nouveau modèle sportif ayant pour logique la vente de ses meilleurs éléments formé au club et l’achat de jeunes pépites en devenir ou barrées par la concurrence dans de plus grand clubs, tout ceci en gardant un objectif suprême : celui de remporter la Ligue des Champions dans les cinq ans à venir, comme affirmé par JMA en février 2019 au journal Le Figaro.

La troisième partie de la stratégie de formation se développe elle à l’international par le biais de partenariats avec des clubs étrangers. Encore une fois, Aulas a été visionnaire sur ce coup là et dès 2011 met en place un partenariat avec l’Athletico Sport Lebanon, club de Beyrouth. Depuis, ce sont sept autres partenariats qui ont été créés avec dans l’ordre des accords avec : le Jeonbuk Hyundai Motors FC en Corée du Sud, l’AS Dakar Sacré Cœur au Sénégal, l’Hô-Chi-Minh Football Fédération au Vietnam, ainsi que la joint-venture crée avec le fond d’investissement chinois IDG s’accompagnant de partenariats avec les clubs de Pékin, Shanghai, Shenzen et Chengdu. L’objectif passe par un consentement : d’un côté l’Olympique Lyonnais exporte sa stratégie et son savoir-faire en matière de formation en envoyant des membres de son staff sur place pour aider à la formation, de l’autre côté en échange l’OL gagne en notoriété à l’international et ouvre son horizon à de jeunes talents étrangers potentiellement en capacité de rejoindre le club.

Partenariats de l’OL à l’international

Considérant les réussites économiques du club et le talent de la formation proposée, ce projet de remporter la Ligue des Champions pourrait sembler pertinent, cependant il semble, au vu des résultats sportifs, totalement utopique.

Une utopie stigmatisée par une ambition limitée

Si ce projet ambitieux affiché par le président Aulas semble aujourd’hui utopique c’est donc en grande partie dû aux résultats sportifs du club ces dernières années, surtout depuis ce renouvellement d’effectif, qui sera le point d’étude de notre analyse.

Après avoir atteint les demi-finales de la Ligue Europa en 2017 (défaite face à l’Ajax Amsterdam), l’OL semblait enfin avoir retrouvé sa compétitivité des années 2000. Cependant, à l’été 2017 un cycle s’est tourné avec les départs des cadres et l’arrivée de nouveaux joueurs à fort potentiel. Le doute plane alors sur la capacité du nouvel effectif à être aussi performant. La campagne européenne 2017-2018 tourne court et l’Olympique Lyonnais sort par la petite porte dès les 8e de finales face au CSKA Moscou. L’impression laissée par l’effectif est mitigée : après avoir décroché sur le fil une 3e place directement qualificative pour la Ligue des Champions (grâce à la victoire de l’Atlético de Madrid en C3), la satisfaction est présente mais la manière laisse à désirer. En effet, certains joueurs sont pointés du doigt pour leur individualisme, leur manque d’engagement et de concentration sur le terrain. La qualification n’a été acquise que lors de la dernière journée et les nombreux retournements de situations défavorables (13 points perdus après avoir mené au score en 2017-2018) nuisent au club et peinent à cacher les succès importants décrochés face aux « gros » (2-1 vs PSG, 0-5 vs ASSE, 2-3 vs OM). Le sentiment de gâchis commence à se faire sentir, surtout face à la qualité de jeu montrée par certaines révélations du jeune effectif lyonnais, comme Tanguy Ndombele ou bien Houssem Aouar.

Défaite de l’OL face au CSKA Moscou

Malheureusement pour les supporters, ces problèmes ne vont pas s’atténuer à l’aube de la saison suivante (2018-2019). Le manque de régularité et de motivation sont les principales critiques adressées aux lyonnais cette saison, capable de résultats de haut standard (victoire contre Manchester City et le PSG) tout comme de résultats très moyens, surtout lorsque l’adversaire est réputé « plus faible ».

Comment identifier ce problème récurrent de manque de régularité de la part des joueurs entraînant des résultats plus que moyens pour un effectif aux capacités largement supérieures ?
La cause de ce problème semble être duale et exprime un manque d’ambition.

Dans un premier temps, elle paraît venir du type de joueur recruté par le club. Si l’OL a réalisé de bons coups sur le marché des transferts, en réussissant à faire venir des jeunes joueurs en provenance de clubs majeurs, il ne faut pas oublier que ces joueurs n’ont presque jamais réussis à s’imposer dans le onze de ces mêmes clubs. Ceci n’est pas anodin et dénote un certain problème de comportement ou bien seulement un manque de talent de la part de ces joueurs. En effet, le problème paraît être plus structurel que conjoncturel. Si un joueur remarqué pour son potentiel peine à s’imposer dans un grand club, il aura effectivement plus de faciliter à s’imposer dans un club un peu moindre, dans lequel il aura plus de libertés mais ses limites pourront assez rapidement être visibles. C’est le cas par exemple de joueurs comme Memphis, Traoré ou bien de Mariano l’année dernière, qui sont souvent décriés pour leur manque de régularité par rapport au talent dont ils sont dotés.

Le comportement de ces joueurs peut être analysé par deux facteurs. Tout d’abord, par le fait qu’aujourd’hui le club rhodanien n’est pas considéré comme un club de premier rang au niveau européen et donc peut être perçu seulement comme un club de passage, un club tremplin pour ses joueurs. En effet, l’OL n’est plus celui des années 2000 et face aux sollicitations des grands clubs se voit souvent contraint de lâcher ses meilleurs jeunes, attirés par des challenges plus attrayants. Le concept de se battre pour le maillot n’a alors que peu d’importance pour des joueurs qui se voient déjà porter les couleurs du Barça, Real ou autre grand club européen. Ceci mène donc au deuxième facteur qui est l’excès de confiance en soi ou bien le fait de prendre la « grosse tête ». Il suffit d’écouter les déclarations de Memphis Depay pour comprendre le raisonnement de certains joueurs, se voyant bien trop fort pour un club comme Lyon – « Je veux aller dans une ville et dans un club qui me conviennent, dans une équipe qui veux vraiment jouer au football » – sans pourtant ne jamais y avoir gagné un quelconque titre. Si le problème vient tout d’abord des joueurs et de leur mentalité, le rôle des médias dans cet excès de prise de confiance en soi n’est pas négligeable. Il n’est pas rare de voir, après seulement une bonne saison ou deux, de nombreux médias et « experts du football » envoyer les joueurs déjà dans des top clubs européens.

Memphis Depay

Tout cela, couplé à la dérégulation du marché des transferts qui voit des offres de plus en plus élevées arriver sur les tables des clubs qui détiennent ces jeunes joueurs, nourrit un certain manque d’envie perceptible de la part des joueurs, toujours en quête de plus attrayant sportivement.

Dans un deuxième temps, on peut observer que le mode de management choisi pour cet effectif est défaillant. Une 3e place en Ligue 1 cette saison, consécutive à une position identique la saison dernière serait évidemment perçue comme une réussite sur le plan comptable, car cela signifierait un potentiel accès à la Ligue des Champions, mais laisserait un goût amer en bouche au vu d’une comparaison des effectifs avec le second du championnat : le LOSC. Ce potentiel échec peut donc être aussi incombé à deux figures majeures du club : l’entraîneur Bruno Génésio et le président Jean-Michel Aulas.

Si les débuts du premier étaient de bon augure pour la suite, avec une 2e place décrochée l’année de la nomination de Bruno Génésio après avoir repris le club à la 9e place, la suite n’a pas été toute aussi rose. Même s’il semble très apprécié des joueurs, qui l’ont presque toujours soutenu, l’entraîneur lyonnais a montré quelques limites face à la gestion d’un tel effectif. Cela provient surement du manque de reconnaissance dont il bénéficie au niveau international, de son manque d’expérience dans le métier, qui mêlé avec le mental des joueurs cités plus tôt mène tout droit à une impasse. En effet, l’égo de certains joueurs est difficile à contenir lorsqu’on est une personnalité connue seulement au sein même du club, ces derniers se sentant peut-être moins enclin à écouter les conseils ou bien les ordres donnés par l’entraîneur. Il est difficile de critiquer les choix tactiques de Bruno Génésio, qui n’a pas hésité à innover quand il le fallait, mais il est aujourd’hui difficile de retrouver une véritable identité dans le jeu lyonnais.

Bruno Génésio

Cela mène donc directement au rôle de la seconde figure majeure du club, souvent considéré comme la figure principale du club : le président. En effet, y a-t-il un club en France dont le président est plus sujet à une exposition médiatique que celui de l’OL ? Il est bien connu que Jean-Michel Aulas aime être maître de la communication de son club. Cependant, il semble que cela soit depuis quelques années plus nuisible à l’image de son club qu’autre chose. Le président de l’OL aime avoir la responsabilité de prendre les décisions dans son club, même si cela doit certaine fois empiéter sur le rôle de son entraîneur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le club n’a jamais eu de grand nom en tant qu’entraîneur, hormis Gerard Houiller, et privilégie des anciens du club. De même JMA ne semble pas très enclin à contracter des entraîneurs étrangers, surtout s’ils ne parlent pas français. Dans un moment de doute quant au futur entraîneur de l’OL, il sera donc intéressant d’observer la manière dont le club va s’y prendre lorsqu’on entend que des noms comme José Mourinho sont en quête d’un nouveau challenge et dont la Ligue 1 pourrait être le point de chute.

Jean Michel Aulas

Cette stratégie du président de ne pas tenter de contracter un entraîneur plus expérimenté et influent sur la scène européenne, même s’il est vrai que cela consentirait à un engagement financier plus important, dénote un certain manque d’ambition pour un président souhaitant remporter le graal européen dans les cinq ans à venir.

L’Olympique Lyonnais est aujourd’hui une référence au niveau national, ainsi qu’international en matière de gestion financière et sa réussite au niveau national joue en sa faveur. Cependant, à l’aube d’une élitisation du football, caractérisée par la concentration des richesses dans un nombre de clubs de plus en plus restreint, l’OL, pourtant bien armé avec son modèle visant à faire de l’institution plus qu’un club : une entreprise cotée en bourse avec de nombreuses relations de plus en plus renforcées à l’international par le biais des différents partenariats créés, peine à s’imposer sportivement sur la scène européenne.

Si la stratégie s’avère être excellente au niveau économique, elle semble donc être en perte de vitesse sur le plan footbalistique, aucun titre n’étant été remporté depuis 2012 (Coupe de France). Cependant, au vu des qualités et de la détermination démontrées par le président JMA, il semble peu probable de le voir laisser le club ainsi. La révolution sportive que le club a commencé à entreprendre pourrait alors peut être prendre un tournant totalement autre cet été, premièrement par le biais de la nomination du nouvel entraîneur et deuxièmement par un recrutement qui pourrait s’avérer beaucoup plus onéreux, se basant sur des joueurs plus expérimentés et moins irréguliers.

Un second souffle est-il sportivement à prévoir pour l’OL ?

Jules Guisset.

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