El Pibe de Oro, 1986. (5/5)

29 juin 1986, Stade Azteca, Mexico

Face à presque 115 000 spectateurs venus assister à cette finale, la bande à Maradona ramène une seconde Coupe du Monde en terre argentine, après avoir dominé l’Allemagne de l’Ouest lors d’un spectaculaire 3-2 qui voit Jorge Burruchaga délivrer tout un peuple à la 85e minute de jeu.

Entre scandales et exploits, retour sur une Coupe du Monde qui a forgé le mythe.

Une organisation en péril

Désignée en juin 1974 par le président de la FIFA de l’époque, Stanley Rous, pour recevoir la Coupe du Monde 1986, la Colombie ne verra pourtant jamais le mondial organisé sur son sol. Pourquoi un tel désistement ?

Après une détermination et un activisme hors-norme du président colombien Misael Pastrana (1970-1974) en faveur de l’organisation du Mondial 86 sur le territoire colombien, la FIFA se laisse convaincre du potentiel d’une telle nomination et donne sa chance à la Colombie, après l’avoir précédemment accordée à ses voisins uruguayens, brésiliens, chiliens ou encore argentins.

Le couac survient la même année lorsque Misael Pastrana n’est pas réélu à la présidence de son pays, car les organisateurs subissent alors la perte de leur principal soutien.

Misael Pastrana

Un problème commence à surgir et comme souvent lorsqu’il s’agit de football, c’est en rapport avec l’argent. En effet, les dépenses exigées par la FIFA sont bien trop importantes pour la Colombie qui est confrontée à des problèmes socio-économiques importants comme la montée du narcotrafic depuis les années 1970 ou encore la chute du cours du café, une des sources de revenu principal.

Ces complications vont entraîner le président Belisario Betancur (1982-1986) à prononcer en 1982 l’annulation officielle du Mondial 86 en Colombie, justifiant cette dernière par le fait que la Colombie a plus grand intérêt à investir dans l’éducation, la santé ou encore les transports plutôt que dans la construction de stades de football aux exigences toujours plus folles : la FIFA demandait douze stades de 40 000 places et deux de 80 000 places minimums.

Le président Betancur prend donc le contre-pied du football business de plus en plus développé par la FIFA, en affirmant que Gabriel Garcia Marquez, fraîchement élu prix Nobel de littérature était un bien meilleur exemple de publicité pour la Colombie que l’organisation d’une Coupe du Monde trop coûteuse.

Belisario Betancur

Alors bien embêtée, la FIFA doit faire dans l’urgence et se voit proposer le Canada ou les Etats-Unis, ce qui ravit peu le président de l’époque, João Havelange, pas fan de l’organisation donnée au soccer dans ces pays. Ce sera finalement le Mexique qui sera quasi-imposée à la FIFA en 1983, malgré une organisation déjà récente lors du Mondial 70, à la suite de menace de boycott de l’édition 1986 de la part des pays sud-américains.

La Coupe du Monde peut alors commencer.

L’idole de tout un pays

Si cette Coupe du Monde est celle de l’Argentine, c’est surtout celle du « gamin en or », Diego Armando Maradona.

Après quelques saisons en Argentine chez les Argentinos Juniors, puis sous les couleurs de Boca Juniors, Diego Maradona s’envole pour l’Europe et le FC Barcelone. Alors annoncé comme une future pépite, après avoir fait ses débuts en sélection à l’âge de 16 ans, le court passage de Maradona en Catalogne (1982-1984) sera avant tout marqué par ses frasques et ses débordements à la fois sur le terrain, comme lorsqu’il est à l’origine de bagarres contre des adversaires, et en dehors puisqu’il avoue fréquenter la plupart des boîtes de nuits de la ville, tout en profitant pour repeindre l’intérieur de son nez en blanc. C’est dans ce contexte qu’il débarque à Naples, club dont il va devenir l’idole en un rien de temps. Sa montée va être fulgurante et après deux saisons abouties il arrive fin prêt pour le tournoi mondial de 1986.

« El Pibe de Oro » est élu meilleur joueur du tournoi dans lequel il inscrit cinq buts, dont deux qui resteront à jamais dans l’histoire. L’histoire retiendra même que ces deux buts eurent lieux lors de la même rencontre : le quart de finale contre l’Angleterre.

Alors que le score est de 0-0, Maradona s’introduit dans la défense anglaise, joue le une deux avec un partenaire et profite d’un dégagement raté d’un adversaire pour sauter et venir taper le ballon de la main, mimant un geste de la tête, devant le portier anglais stupéfait. Tout le monde semble avoir vu la supercherie, sauf Ali Bennaceur l’arbitre du match qui accorde le but, déclenchant la colère des anglais.

La « main de Dieu »

C’est alors sur le deuxième but du génie argentin que s’affirme toute la controverse du personnage qu’il incarne, capable à la fois de respirer le vice et la malhonnêteté tout comme le génie et la classe. Ce deuxième but, qualifié par beaucoup de plus beau but de l’histoire, est une preuve du talent du jeune argentin, qui passe en revue toute la défense anglaise en partant de sa propre moitié de terrain et conclue d’un plat du pied excentré après avoir dribblé le gardien.

Ces deux buts permettent à l’Albiceleste de passer en demie et un doublé de Maradona plus tard (Argentine 2 – Belgique 0), les Argentins disputent la finale.

L’Argentine est sur le toit du monde, Maradona est érigé en héros de la sélection.

Le scandale de Saltillo ou le « Knysna » portugais

Cette Coupe du Monde, bien que marquée par des exploits est aussi le théâtre d’un scandale qui rappellera à beaucoup celui de Knysna en Afrique du Sud lors du Mondial 2010.

Ce scandale porte le nom d’une ville Mexicaine, située à quarante kilomètres de Monterrey, et hôte de la sélection portugaise pour la durée du tournoi. Pourtant doté d’une génération très prometteuse, emmenée par Diamantino, Carlos Manuel ou encore Paulo Futre, et promise à un futur radieux, vingt ans après l’incroyable épopée du Portugal d’Eusébio. Cependant, le contre-coup n’est pas loin.

Tout part d’une série d’incompréhension liée à l’organisation douteuse de la fédération portugaise de football (FPF), avec une escale improbable en Allemagne alors que le vol direct Lisbonne-Dallas n’était pas plus cher, un refus de verser les 5 300 euros à la fédération chilienne nécessaire à la tenue d’un match amical entre les deux pays, l’organisation de matchs amicaux contre des sélections de moindre envergure ou encore contre les employés de l’hôtel dans lequel la sélection portugaise loge à Saltillo, ainsi qu’un terrain d’entraînement parsemés de trous. Ce n’est donc pas dans les meilleures conditions que le Portugal aborde son tournoi, mais le pire est avenir.

Deux défaites contre la Pologne (1-0) et le Maroc (3-1) et une dernière place de son groupe renvoient le Portugal à la maison.

Mais le gros scandale arrive alors quand un représentant du sponsor de la Seleção demande aux joueurs s’ils ont bien reçu la prime qui leur était destinée. Les joueurs n’ayant jamais vu la couleur de cette dernière réclament leur dû auprès de la FPF, qui fait la sourde oreille. S’en suivent alors des menaces de grèves d’entraînement et de refus de porter la tenue du sponsor en guise de protestation. La FPF entre en conflit avec les joueurs, justifiant leur échec lors des phases de poules par la rébellion qu’ils ont menés. De retour au Portugal, les joueurs sont la cible d’insultes et de jets de tomates et sont vus comme ceux qui ont déshonoré le drapeau portugais. La FPF décidera même de suspendre huit des rebelles de Saltillo, avant de les rappeler faute de résultats.

Cette histoire et l’organisation très douteuse de la FPF auront été à l’origine du gâchis d’une génération portugais pourtant promise à un avenir brillant.

Jules Guisset.

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