Deutsche Qualität, 1974. (4/5)

7 juillet 1974, Olympiastadion, Munich.

Score final : 2-1. L’Allemagne de l’Ouest est sacrée championne du monde pour la deuxième fois de son histoire (1954, 1974) en remportant la finale face aux Pays-Bas emmenés par Johan Cruijff.

Retour sur un duel de champions.

Le « football total »

Si cette Coupe du Monde 1974, organisée en République Fédérale Allemande, a vu couronné le pays hôte, c’est pourtant bien leur adversaire finaliste qui a éclaboussé le tournoi de toute sa classe, avec un style atypique : le « football total ».

Cette théorie footballistique, mis en place premièrement avec l’Ajax Amsterdam au début des années 1970 par l’entraîneur Rinus Michels et ensuite reprise par ce dernier avec la sélection néerlandaise lors du Mondial 1974, repose sur le principe que chaque joueur sur le terrain peut prendre la position d’un autre joueur. La permutation, le mouvement et la possession sont les clés de ce système offensif qui oblige tous les joueurs à attaquer et défendre de la même manière.

Ce système de jeu, même s’il est aujourd’hui perçu comme révolu, était indéniablement précurseur du football moderne actuel. On retrouve ainsi actuellement des préceptes comme la préparation physique intense, le pressing haut ou encore la polyvalence des joueurs qui devient de plus en plus récurrente dans le football moderne. De même que les milieux qualifiés de « box to box » de nos jours sont une résultante de l’image novatrice du milieu de terrain créée par la théorie du « football total ».

Souvent qualifié d’un des plus beaux jeux pratiqués, ce dernier et sa spectacularité tant appréciée échoueront pourtant face à la rigueur tactique et au réalisme allemand.

C’est la fin d’une ère, place à la Deutsche Qualität.

La génération allemande

Considéré comme outsider d’une compétition qu’elle dispute sur son territoire, l’Allemagne de l’Ouest en sort pourtant vainqueur. Loin de pratiquer un football radieux, l’Allemagne de l’Ouest se concentre sur un seul objectif : marquer un but de plus que son adversaire, peut importe la manière. Cette méthode porte ses fruits puisque la RFA n’encaisse que quatre buts en sept matchs pour treize buts marqués.

Cette victoire est symbolique puisque en plus de renverser le « football total » hollandais, elle montre au monde entier un nouveau style de jeu mélangeant rigueur défensive et efficacité offensive incarnée par une génération emmenée par les Franz Beckenbauer, Sepp Maier ou encore Gerd Müller. En plus d’être champions du monde, ces trois monuments de la Manschaft sont les grands artisans des beaux jours du Bayern de Munich des années 1970, remportant trois Coupes d’Europe d’affilé entre 1974 et 1976. C’est donc une équipe allemande aux consonances munichoises qui s’impose en 1974, avec pas moins de six joueurs du Bayern titulaires tout au long de la compétition, venus apporter leur expérience acquise sur la scène nationale et européenne.

Cruijff vs Beckenbauer : un duel, deux stars

Le « Hollandais volant » face au « Kaiser », l’attaquant face au libéro. Si différents et pourtant si proches, ces deux joueurs ont marqués l’histoire de cette Coupe du Monde et du football en général en réinventant leur manière de jouer, en se démarquant des autres et en portant leur pays respectif jusque sur le toit du monde, ou presque…

Idoles respectives de leur club : l’Ajax pour Cruijff et le Bayern pour Beckenbauer, la réussite sur la scène est totale et similaire pour ces deux champions : ils remportent tous deux trois Coupes d’Europe des clubs champions d’affilée (1971, 1972, 1973 pour le hollandais ; 1974, 1975, 1976 pour l’allemand). Cependant, petite satisfaction supplémentaire sur le plan personnel pour Cruijff, vainqueur de trois ballons d’or contre deux pour Beckenbauer, mais l’avantage reste net sur le plan collectif pour le « Kaiser » champion du monde.

Au delà des titres, ces deux joueurs sont considérés comme des sources d’inspiration grâce au fait qu’ils ont su réinventer leur poste. Si « Johan Cruijff a inventé le football moderne » selon le journaliste Simon Kuper, « Franz Beckenbauer fut sans aucun doute un réformateur dans le domaine du football » d’après l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder. L’un a réinventé le poste de  »Numéro 9″, mélangeant vitesse de jeu, condition physique parfaite et technique au dessus du lot le tout donnant un joueur qui décroche et qui est voué au collectif tout en laissant une part de folie transparaître dans ses dribbles envoûtants. L’autre, toujours selon Schröder, « a donné une nouvelle dimension au « Numéro 5 », transformant le libéro classique en un libéro actif qui participe au jeu offensif de son équipe », qui marque (109 buts en carrière) et qui fait marquer (120 passes décisives).

Deux joueurs, deux styles différents, mais un même symbole de réussite.

« Si Gareth Bale et Cristiano Ronaldo valent environ 100 millions d’euros, alors Johan aurait auparavant valu des milliards », Franz Beckenbauer.

Jules Guisset.

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