Le monde du foot : avant le club, l’agent 1/2

La dernière fois, nous nous étions quittés sur des exemples concrets de joueurs qui réussissent ou non, qui sont destinés à réussir. On a parlé du joueur et c’est peut-être le protagoniste le simple à comprendre dans ce monde.

Aujourd’hui, je vais tenter d’aborder (humblement) le cas de l’agent sportif, et c’est un poil plus complexe. C’est pourquoi nous ferons ça en deux fois.
D’abord, il s’agit d’avoir une idée de qui il est et surtout, pourquoi on ne sait pas vraiment qui il est…

Pogba et son agent, Mino Raiola — Le Sens du Jeu

Qui est-il ? La définition, en France, est donnée par la loi. L’article L.222-6 du code du sport dispose :

« Toute personne exerçant à titre occasionnel ou habituel, contre rémunération, l’activité consistant à mettre en rapport les parties intéressées à la conclusion d’un contrat relatif à l’exercice rémunéré d’une activité sportive doit être titulaire d’une licence d’agent sportif. La licence est délivrée pour trois ans par la fédération délégataire compétente et doit être renouvelée à l’issue de cette période.
Les modalités d’attribution, de délivrance et de retrait de la licence d’agent sportif par la fédération sont définies par décret en Conseil d’État »

Il est facile de comprendre qui est l’agent sportif ainsi ; c’est une personne chargé de mettre en relation les joueurs et les clubs, en somme, il gère des carrières.

On rentre dans du technique là, alors je vais essayer de simplifier. Bien qu’elle en ait l’air, pour quelqu’un qui a l’habitude de parcourir des codes juridiques, cette définition n’est pas claire et plusieurs choses sautent aux yeux, et notamment une. « Toute personne », déjà, c’est très problématique. Pour une raison simple : en droit il y a deux types de personnes, les personnes physiques, vous et moi, et les personnes morales, les sociétés, les Etats, les associations, etc… Et bien devinez quoi, un club, c’est une personne morale. Alors si l’on accorde la licence à un club, et bien tous ses collaborateurs seront couverts par cette licence, vous commencez à voir la douille ? En effet, un club peut alors avoir une multitude de collaborateurs qui, couvert par cette licence, exercent sans avoir aucune expérience, et parfois, aucun scrupule. Nombreux sont alors les cas où les jeunes sont abusés et subissent alors désillusions à répétitions. Heureusement, la loi a rapidement résolu ce problème en interdisant à une personne d’exercer la profession et d’être aussi un cadre dans un club.

Florentino Pérez et Jorge Mendes — Le Sens du Jeu

Là apparait le problème des collaborateurs. Les agents sportifs ont des collaborateurs, ils sont des « employés » de l’agent sportif. Ils sont indispensables pour certains agents qui ont un très grand portefeuille de sportifs et les aident dans leur travail. Les ennuis arrivent quand certains veulent leur part du gâteau. Des personnes peu scrupuleuses vont se faire passer pour le représentant de tel ou tel agent. Dès lors, ils s’amusent à approcher les jeunes et leur faire miroiter des offres inexistantes.

Mais le problème ne s’arrête pas là. En moyenne, 40% des joueurs d’un pays sont étrangers, et leurs agents sportifs sont souvent du même pays. Et les législations diffèrent d’un pays à l’autre. Ainsi, il ne serait pas étonnant qu’il soit plus simple d’être agent sportif en Argentine ou au Brésil qu’en France. Sachant qu’il est déjà facile d’être agent sportif en France puisqu’aucun texte ne définit les conditions réelles d’accès à cette profession (qu’elle soit occasionnelle ou habituelle). Par conséquence, peut-on imaginer le nombre d’enfants ayant quitter la pauvreté, faisant l’espoir de leur famille (aussi supportrice de leur protégé que désespérée). Ainsi, Sefik Tosun et Moustapha Kamara, respectivement avocats à Paris et à Marseille, publient conjointement un article la revue juridique Journal du droit des jeunes, intitulé L’activité d’agent sportif et le recrutement des footballeurs étrangers à l’aune de l’action de l’association culture foot solidaire, dans lequel est fait état d’un processus courant et simple : un agent sportif propose à un joueur, souvent mineur, provenant d’un pays défavorisé, de venir avec lui en Europe pour intégrer un (grand) club. Pour le faire venir en Europe, les agents utilisent des procédés assez douteux et parfois, entièrement illégaux. Et là, il y a deux possibilités, soit le jeune intègre un club, soit il n’y arrive pas et est abandonnée en situation irrégulière dans un pays qu’il ne connait pas et sans un sous en poche. D’autant que rare son les clubs prêts à accepter un jeune sans papier, à moins qu’il soit exceptionnel, et ça ne coure pas les rues. Alors voilà, les agents sportifs peu scrupuleux font venir nombre de jeunes, espérant de l’un d’eux de devenir le prochain Zidane, et c’est le jackpot et dans l’autre cas, il n’y a pas de perte, puisque le jeune est abandonné.

Wagner Ribeiro — Le Sens du Jeu

Il faut aussi et enfin, préciser que les liens entre clubs et agents sportifs sont parfois douteux. Si un agent ne peut, normalement, représenter un joueur et être un cadre d’un club, il peut arriver dans certains cas, à la suite d’enchevêtrement de contrats, qu’il y ait l’apparition de conflit d’intérêt. Un rapport du Sénat sur une loi visant à encadrer la profession fait mention d’un exemple frappant : la société BMB Conseil, de 2002 à novembre 2004 possédait 16% des part du club de Grenoble. Durant cette même période, cette société a fait signer pas moins de 8 contrats entre des joueurs qu’elle représente et le club grenoblois. Il parait ainsi assez difficile de savoir si ces contrats ont été signés dans l’intérêt du club ou dans l’intérêt des joueurs. Reprenons le cas Chendri : imaginez que son agent sportif soit peu scrupuleux et qu’il l’ait mal conseillé en signant au FC Nantes simplement parce que cela l’arrangeait lui et non le joueur… Précisons qu’il vient de quitter le FC Nantes pour rejoindre le Fremad Amager, club danois évoluant en seconde division.

Voilà à quoi peut ressembler l’aspect noir. Et encore, on est loin de l’exhaustivité… Il serait possible d’écrire tout un bouquin ! Des contrats plus ou moins douteux permettant d’expliquer des sorties d’argent des trésoreries aux arnaques sur mineurs (non-versement des salaires par exemple), il y a de tout. Cependant, tout cela n’est pas méconnu des différentes autorités et des réformes ont eu lieu, plus souvent dans le bon sens que dans le mauvais. Enfin, ça dépend pour qui…

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