Le désastre du Maracãna, 1950. (2/5)

16 juillet 1950, Stade Maracãna, Rio de Janeiro.

Coup de sifflet final : Uruguay 2, Brésil 1. Le public désabusé, en larme et impuissant commence alors à réaliser l’immensité de l’échec qui vient de se produire. La Seleção vient de perdre en finale de sa Coupe du Monde, dans le temple du football, devant pas moins de 180 000 personnes.

Retour sur un échec cuisant aux lourdes conséquences.

Une organisation inédite

Pour l’organisation de cette Coupe du Monde 1950 au Brésil, seize nations sont qualifiées et regroupées en quatre poules de quatre équipes. Malheureusement pour la FIFA, l’Ecosse, la Turquie et l’Inde refusent de participer au tournoi, avec une raison non des moins incongrues selon la légende pour la sélection indienne qui a pris la décision d’annuler sa participation suite au refus de la FIFA de laisser l’équipe évoluer pieds nus.

L’organisation ne fût pas simple et on se retrouve alors avec un groupe de deux équipes et un groupe de trois équipes, tandis que rien ne bouge dans les deux autres poules. Seule la première place de groupe est qualificative pour les demi-fin… et non, il n’y aura ni demi-finales, ni finale, mais bien une poule finale à quatre dont le vainqueur sera sacré champion du monde.

« Une finale qui n’en est pas une »

C’est donc l’Uruguay qui remporte sa deuxième Coupe du Monde en seulement quatre éditions et revient à hauteur de l’Italie (vainqueur en 1934 et 1938). Cette « finale qui n’en est pas une » restera cependant marqué par la tristesse et le deuil instantané du peuple brésilien tout entier.

Le désastre est total tant le scénario est cruel. En effet, la sélection Auriverde, qui n’avait besoin que d’un nul pour être sacrée championne du monde pour la première fois de son histoire, ouvre le score par le biais d’Albino Friaça sur une passe de l’inévitable Ademir, meilleur buteur du tournoi avec huit réalisations. Mais malgré cette avance, les uruguayens égalisent avant qu’Alcides Ghiggia ne portent le coup de grâce aux joueurs brésiliens, au 180 000 spectateurs présents, ainsi qu’au peuple brésilien tout entier.

La déception est tellement grande, que les organisateurs brésiliens en oublient même de remettre le trophée à la Celeste. Il faudra alors l’intervention de Jules Rimet, président de la FIFA, descendu sur le terrain en personne pour remettre la coupe aux uruguayens.

Moacir Barbosa Nascimento, l’homme à abattre

La révolte sonne alors et elle s’accompagne d’un sentiment de haine profond envers celui qui fût désigné comme principal « coupable » de cette défaite. En effet, le second but encaissé à la 79e minute par la Seleção lui sera reproché toute sa vie pour une erreur d’appréciation. Pensant que Ghiggia va centrer, Barbosa s’avance alors légèrement de sa ligne de but et est surpris par la trajectoire de ce qui fut finalement un centre-tir victorieux.

« Au Brésil, la peine maximale pour un crime est de 30 ans. Moi, je paie depuis plus de 43 ans pour un crime que je n’ai pas commis ».

Cette citation symbolise l’enfer vécu par le gardien et fait suite au refus de la confédération brésilienne de football de le laisser accéder au camp d’entraînement de la Seleção pour une raison : cet homme est maudit. L’humiliation est totale pour le jeune Barbosa, qui ne s’en remettra jamais et vivra le reste de sa vie dans l’ombre de ce qui sera renommé le Maracanaço.

Du blanc au jaune, symbole d’une renaissance

Le caractère maudit de cette Coupe du Monde ne s’arrête pas là, puisque ce sont ensuite les maillots de la sélection qui vont faire les frais de cette défaite. Exit le blanc, couleur officielle depuis 1919, et place à ce qui ressemble plus à une Seleção do Brasil : le jaune.

La tunique est officialisée à la suite d’un concours organisé conjointement par le journal Correio da Manhã et la CBF et remporté par le jeune Aldyr Garcia Schlee, qui aura réussi à harmoniser les couleurs du drapeau brésilien en une seule tenue. C’est alors paré d’un maillot jaune au col et manches vertes, d’un short bleu et de chaussettes blanches que les Auriverde se présentent face à leurs adversaires.

Le sort est conjuré et l’avenir plus que radieux.

Jules Guisset.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s