Steaua Bucarest : La descente aux enfers

La gloire est éternelle mais la domination n’est que passagère. Monde cruel qu’est le football à trop souvent oublier les vainqueurs d’hier, cette série d’articles viendra essayer de leur rendre cette reconnaissance aujourd’hui perdue, en rappelant les grandes heures de ces clubs qui après un ou plusieurs titres, sont passés de l’autre côté de la pente et ont décliné jusqu’à n’être que des souvenirs pour les plus âgés d’entre nous, mais de simples inconnus pour les plus jeunes. Aujourd’hui, nous commençons cette série avec le Steaua Bucarest, club roumain de la capitale, équipe la plus titrée de l’histoire du championnat roumain la Liga I, et vainqueur de la ligue des champions contre le grand FC Barcelone en 1986.

Des débuts en fanfare

Le club naît en 1947 sur l’ordre du ministère de la défense et porte le nom d’Association Sportive de l’Armée. C’est initialement un club regroupant plusieurs sports dont le football, et qui change rapidement de nom en 1948 pour le nom encore plus joyeux de Maison centrale de l’Armée. Il est opposé et donc en concurrence avec le club du ministère de l’intérieur, le Dinamo Bucarest qui n’arrivera jamais à surpasser son aîné. Le Steaua intègre le championnat en 1947 et gagne rapidement son premier trophée en 1949 avec la coupe de Roumanie ainsi que son premier championnat en 1951. Ces débuts sur les chapeaux de roues mèneront à deux autres qui suivront dont un fantastique doublé coupe-championnat en 1951 qui feront l’âge d’or du Bucarest de cette époque. L’équipe est toka et le CCA (Casa Centrală a Armatei) compose l’entièreté de la sélection nationale de Roumanie. En 1961 intervient enfin le changement de nom et le CCA devient tel qu’on le connaît par la suite le Steaua Bucarest. Après 10 championnats et 14 coupes mais malgré une période de 7 ans de disette, le Steaua renoue avec le succès en remportant le championnat 1984-1985, mais ce n’est rien comparé à ce qui attend le club la saison suivante.

Steaua Bucuresti 1950 – Le Sens du Jeu

Séville mon amour

Lors de la saison 1985-1986, le club emmené par le mythique Emerich Jenei, qui mènera à plusieurs reprises par la suite l’équipe nationale roumaine vers une reconnaissance internationale (dont une fois à la coupe du monde de 1990), écarte tour à tour les danois du Vejle BK, les hongrois du Budapest Honved, les finlandais de Kuusysi Lahti et les belges du RSC Anderlecht en négociant bien à chaque fois le match retour. C’est donc à la surprise générale que le Steaua arrive en finale et fait face au géant FC Barcelone de Francisco Carrasco et Bernd Schuster, multiple vainqueur du championnat d’Espagne et de la C2. Dans un bouillant Estadion Ramon-Sanchez Pizjuan de Seville largement acquis à la cause des catalans, les bucarestois ne prennent pas l’eau et résistent plus qu’honorablement aux assauts barcelonais jusqu’aux tirs au but et au début du show Duckadham.

Ah Helmuth Duckadham, gardien à la frontière entre le projet capillaire Harald Schumacher et la moustache de Jeff Tuche qui joue alors son dernier match professionnel avant de frôler l’amputation dû à une thrombose. Tout commence pourtant mal pour les bucarestois dans cette séance, avec un tir molichon de Majearu facilement intercepté par le portier barcelonais Urruticoechea (kamoulox!). Un premier arrêt de notre cher Helmuth puis un second permettent d’entretenir l’espoir avant que Marius Lacatus vienne fracasser la barre d’une puissante frappe qui franchit la ligne et qui permet de faire trembler les filets pour la première fois de la finale. Après un troisième arrêt de Duckadham puis le deuxième penalty inscrit par Gavril Balint, le portier roumain réalise l’exploit d’écarter un quatrième tir et de placer le Steaua sur le toit de l’Europe. C’est la première victoire d’un club d’Europe de l’Est en Coupe d’Europe des clubs champions, et la seule victoire à ce jour d’un club roumain en coupe continentale. Bucarest est aux anges et le quotidien l’Equipe titre le lendemain « Le Steaua est rentré dans l’histoire »

Du sourire aux larmes

Surfant sur l’euphorie de la victoire en coupe d’Europe, le Steaua remporte 3 titres ainsi que 3 coupes supplémentaires dans les années suivantes. De plus l’équipe devient invincible et ne perd aucun match entre Juin 1986 et Septembre 1989, établissant alors un record mondial. Mais les ennuis commencent en 1989 à la révolution roumaine. En effet, la sortie du socialisme fait rentrer le club dans la logique du marché des joueurs et le club est pillé de son vivier par les grandes écuries européennes. Au niveau national, les performances ne sont pas impactées puisque le pays est entièrement touché, ce qui permet au Steaua de remporter le championnat à 6 reprises entre 1993 et 1998. Mais c’est au niveau européen que cela se note avec une perte de puissance importante qui amène chaque qualification pour les phases de poules à être considérées comme un exploit. Le Steaua est complètement dépassé et en 1998 intervient la rupture fatidique. Le club appartient encore à l’armée et pour des raisons juridiques fixé par l’UEFA, il doit s’en différencier. Le Steaua se sépare donc du CSA Bucarest et dans l’imaginaire cela n’a que peu d’incidence tant le nouveau propriétaire Viorel Păunescu tente de garder un lien avec. Mais Paunescu gère d’une mauvaise main le club qui contracte des dettes colossales rapidement.

Gigi Becali – Le Sens du Jeu

L’investisseur Gigi Becali, qui devient rapidement président remet les comptes à zéro (du moins c’est ce qu’il pense) et semble offrir au club une chance de se reconstruire. Le Steaua gagne titres sur titres et embauche la légende italienne Walter Zenga comme entraîneur en 2004 qui emmène le club en demi-finale de la coupe de l’UEFA, une épopée européenne inespérée pour un club ne s’étant plus qualifié en phase finale depuis 1993. Mais la rupture entre dirigeants, armée et supporters pointe le bout de son nez et l’ingérence de Becali dans les affaires sportives insupporte. Des chants anti-Becalli résonnent dans un stade de Ghencea acquis aux ultras, reprochant au président sa mauvaise gestion des transferts, des soupçons de matchs truqués entre 2003 et 2007 mènent le club à perdre grandement en popularité en Roumanie, et un conflit entre l’armée, détentrice du stade ainsi que de l’identité du club, et Becalli, font craindre aux supporters de perdre leur stade, leur logo et leurs couleurs. Cette crainte est confirmée à partir de 2015 lorsque le ministère de la défense refuse la location du stade au Steaua, forcé d’aller jouer à l’Arena Nationalam avec une afluence n’excédant jamais plus de 6000 supporters. Le club perd même le droit d’utiliser le nom Steaua et se renomme FCSB, ce sur quoi joue le propriétaire en gardant une ambigüité sur la signification de ce S. Le club réussit tout de même a gardé son coefficient UEFA après un accord avec l’organisme. La mouvance ultra est en conflit, et le groupe des Peluza Sud boycott le stade depuis désormais quatre ans et se retranche donc sur les autres sections du CSA Steaua que sont le volley ou le water-polo. La création d’une nouvelle équipe par l’armée a même été discutée pour augmenter la pression autour de Becalli. Mais sa direction d’une main de fer ainsi que son abnégation ne permettent pas d’imaginer un futur proche sans ce dirigeant. Sa présence pourrit l‘image du club mois après mois avec comme dernière déclaration en date : « Le Football féminin est une idée de Satan ».

Becali n’est désormais plus en odeur de sainteté à Bucarest
Becali – Le Sens du Jeu

Qu’il n’est pas bon à être supporter du Steaua.

Edouard Maury

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