Entre tradition et renouveau, la lourde question des lendemains

Vendredi, à Chisinau, l’équipe de France affrontera la Moldavie en match de qualification à l’Euro 2020. Si l’apparition de la ligue des nations a changé la donne, il s’agira du premier match officiel « traditionnel » des bleus après leur sacre en juillet dernier.
Outre Rhin, l’Allemagne qui reçoit ce soir la Serbie entame sa mue. Après un mondial raté, la nationalmannschaft espère repartir de l’avant.
Pourquoi la France devrait lorgner du côté de son voisin ? Explications.

L’éloge de la constance

Il n’y a aucune surprise, aucun scoop, à dire que Didier Deschamps est homme de valeur, calme, patient et… Constant. Après l’euphorie de la victoire au mondial en Russie, le sélectionneur avait surpris son monde en rappelant peu ou proue la même équipe pour les premiers officiels de l’équipe de France. Au fond, l’idée que la « meilleure équipe du monde » soit reconduite n’a rien de surprenant, mais il était apparu aux yeux de nombreux observateurs – et supporters – que certains cadres du mondial étaient arrivés à la fin d’un cycle en soulevant le graal. Pour Deschamps, il n’en était rien. On a alors pensé que le sélectionneur voulait honorer son groupe en le convoquant à l’identique jusqu’à la fin de l’année 2018. Une sorte de tournée d’hommage. Mais lorsque la semaine dernière, DD a annoncé la liste des joueurs retenus pour les premiers matchs des bleus en 2019, on a tiqué. Mis à part les joueurs absents pour blessure, seuls Steven Nzonzi et Adil Rami ont été écartés du groupe vainqueur en Russie. Et quant aux places libérées par les blessés, elles ont toutes été conquises par des anciens de Deschamps. Kurzawa, Digne, Sissoko et même Zouma sont de retour. Si Kingsley Coman n’était pas au mondial, il reste un joueur majeur parmi les 23 de DD. Le seul nouveau, c’est Tanguy Ndombele. C’est désormais clair, avec Didier, les absents ont toujours tort. Pourtant…

Des choix incompréhensibles

Si le sélectionneur français a mérité ses galons, sa philosophie de la constance ne justifie pas tout. Certains joueurs, ou plutôt, certains absences, sont difficilement compréhensibles. Pour commencer par le début, comment comprendre la sélection de Mandanda ? l’habitude d’écrire son nom dans la liste sûrement. DD n’a pas pu réfléchir, c’était machinal. Passons… En défense, Zouma, s’il est bon défenseur n’a aucun argument à opposer aux absences d’Aymeric Laporte et Clément Lenglet. Sidibé, Digne et Kurzawa ne sont que des piètres valeurs « sûres » pour écarter le risque de la sélection d’un Lala ou d’un Rousillon. Au milieu, la présence de Sissoko pour pallier à l’absence de Tolisso passe encore mais en attaque, la présence de deux joueurs pose question. Il y a d’abord le remplaçant, Thauvin, qui a du mal à retrouver son meilleur niveau, et puis le titulaire, Giroud. Son cas est particulier, les chiffres parlent pour lui, mais les chiffres sont trompeurs, il manque de temps de jeu pour qu’ils vaillent quelque chose de concret. Giroud, qu’on l’aime ou non est l’exemple même de la difficulté de DD à tourner la page. Et pourtant, si elle veut continuer à écrire l’Histoire, l’équipe de France aurait tord de se priver de lire les chapitres écrit avant elle.

L’exemple allemand

Juste avant les bleus, c’est la nationalmannschaft qui a du gérer le retour à la réalité. Et en la matière, la France aurait bien intérêt d’en tirer des leçons. Après un titre magistral en 2014, l’Allemagne n’a pas su faire sa révolution. Lors de la demi-finale de l’euro 2016 disputée (et perdue) contre la France, l’Allemagne avait dans son équipe 14 joueurs déjà présents en 2014 au Brésil. Son équipe-type ? C’était, à 3/4 joueurs près, la même que celle qui avait porté la Mannschaft sur le toit du monde. Et pourtant, les résultats ne sont pas les mêmes. Sur le 11 titulaire en Russie, 6 joueurs sur 11 étaient sur le prés lors de la campagne de 2014. Notre ambition n’est pas forcément d’expliquer ce phénomème, qui, outre les motifs de l’âge, des transferts, des temps de jeux, repose principalement sur du hasard et des faits de jeux. Notre volonté est – tant que faire se peut – essayer de comprendre pourquoi une équipe championne du monde se retrouve (presque) systématiquement dans le dure à la compétition mondiale suivante.

Les statistiques derrière la malédiction du vainqueur

Cette malédiction, tous la connaissent : les équipes championnes du monde, ne parviennent jamais à passer les poules lors de l’édition suivante (seul le Brésil en 2006 l’a fait). Comment l’expliquer ? Evidemment, il n’y a pas de causes rationnelles, mais des facteurs qui à notre sens, incarnent plus que de simples corrélations.
Entre 1998 et 2002, 14 joueurs de l’effectifs vainqueur de la coupe du monde sont reconduits. La suite on la connait, c’est celle d’un échec cuisant.
Entre 2010 et 2014, les champions espagnols ne changent guère d’effectif avec 16 joueurs identiques.
Pour l’Italie, les statistiques baissent mais restent au-dessus de 10 entre 2006 et 2010.
Quid du Brésil ? Entre 1994 et 2002, le pays enchaîne 3 finales de coupe du monde. Son effectif est à chaque fois complètement bouleversé : en 1998, seuls 6 joueurs étaient présents en 1994. Autant que le nombre de joueurs défaits par les bleus et vainqueurs en 2002… Le renouvellement, recette du succès ?

La Mue Allemande

Bien sûr, chambouler son effectif n’est pas la porte ouverte à une victoire obligatoire. ça peut même débouler sur un échec retentissant. Virer griezman et mbappé maintenant pour mettre germain et Teji Savanier en équipe de France nous fera pas gagner le mondial, mais questionner l’équlibre établi d’un groupe peut le faire. Et les allemands l’ont compris.
Au début du mois de mars, Joachim Löw s’est rendu à Munich pour annoncer à Boateng, Hummels et Muller qu’il ne ferait plus appel à eux en équipe nationale. C’est un choc pour le pays qui sans ces trois cadres n’aurait sûrement pas gagné tous ses trophées. Boateng-hummels c’est la charnière clé d’une des meilleures défenses du monde pendant des années. Müller, lui, est à 30 ans le 8ème meilleur buteur de l’histoire de la coupe du monde. Pourtant c’est délibérément que Löw a décidé de s’en passer. La France aurait tort de se priver d’imiter son voisin et frère ennemi. Car si elle trône sur le toit du monde pour les 4 ans à venir, elle ne doit pas oublier les mots d’un certain Ernesto Guevara : « La révolution c’est comme une bicyclette, quand elle n’avance pas, elle tombe ».



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