CHELSEA : Le perpétuel recommencement

La semaine dernière, Chelsea a eu 114 ans. Alors qu’il a fallu un siècle à la France pour « découvrir » ce club de renommée internationale, il est temps de rendre à Chelsea ce qui lui appartient en réaffirmant sa place au cœur de l’histoire du football britannique. Le club qui se décrit lui-même aujourd’hui comme la fierté de Londres a une histoire tellement singulière que l’aboutissement de ce voyage à travers le temps ne pouvait être incarné que par un milliardaire Russe, à savoir Roman Abramovitch. Chelsea est aujourd’hui la danseuse de l’un des hommes les plus riches du monde afin d’amuser la population aisée de Londres. L’histoire semble se répéter inlassablement du côté de Stamford Bridge. Revenons pourtant 100 ans en arrière…

Stamford Bridge – Le Sens du Jeu

Lorsque Jimmy Briand ne s’en mêle pas, les histoires d’amour semblent pouvoir s’inscrire dans le temps. La preuve ultime de cette affirmation aux contours douteux se trouve à Londres sur Fulham Road. En effet, c’est ici qu’a élu domicile un petit club de l’ouest de Londres à sa création en 1905. L’adresse même du stade n’aura sans doute pas manqué d’interpeller les amateurs de football anglais parmi vous se demandant pourquoi diable le stade de Chelsea est-il situé chez son principal rival ?

Lors de son inauguration en 1877, Stamford Bridge était un complexe sportif réservé à l’athlétisme, alors sport dominant, bien que n’attirant que peu de spectateurs. En 1904, l’homme d’affaire écossais Gus Mears acheta le stade avec pour projet de l’agrandir jusqu’à obtenir une capacité maximale allant au-delà des 100 000 spectateurs potentiels. L’objectif initial était d’accueillir le club local de Fulham mais, face au refus des locaux de déménager, Gus Mears suivant les pas d’Henri VIII a choisi de créer son propre club faisant de Stamford Bridge la cathédrale d’une nouvelle religion bleue.

A l’origine, le stade de Chelsea devait avoir une capacité de cent mille places, faisant de ce lieu le deuxième plus grand stade d’Angleterre après Crystal Palace. Dès lors, Stamford Bridge accueilla des finales nationales, faisant office de Wembley avant la construction du stade ; une similarité que le stade des Blues partage avec le Parc des Princes en France.

Stamford Bridge dans le quartier de Fulham à Londres – Le Sens du Jeu

Durant la Première moitié du XXème siècle, Chelsea s’affirme comme le premier grand club de Londres aux ambitions nationales. A cette époque, les adversaires les plus coriaces se nomment déjà Manchester United, Derby County ou encore Newcastle. Les origines écossaises du jeune club s’affirment de jours en jours puisque les blues vont puiser dans le vivier des hommes du Nord pour monter une équipe solide, une équipe de stars. Si le mot « star » parait légèrement abusif par rapport au football d’aujourd’hui, il illustre parfaitement la philosophie, l’identité profonde de Chelsea de vouloir faire jouer 11 stars ensemble plutôt que de miser sur la solidarité entre les joueurs.

Une fois n’est pas coutume, Chelsea, en dépit des milliers de pounds investis, peine à gagner des titres. Pire, ils se font régulièrement défaire par le voisin ennemi, moins riche et plus populaire : Arsenal. L’apogée de ces confrontations pour la couronne Londonienne trouva son théâtre le 12 octobre 1935 dans un Stamford Bridge bouillant et débordant des 82 905 âmes présentes ce jour-là. En ce jour mythique, la passion footballistique l’avait emporté sur la lutte des classes pour un match nul départageant les deux clubs qui domineront la capitale anglaise durant les décennies à venir.

La Seconde Guerre Mondiale est venue troubler le déroulement du championnat anglais durant une décennie et les blues en ont fait les frais pour plusieurs raisons. Chelsea était un club supporté par une forte communauté juive dans les années 1930 et la montée de l’antisémitisme dûe aux mouvements de pensées politiques de cette période n’a pas joué en faveur des Blues. De plus, par la suite, l’Angleterre n’a pas joui du regain économique procuré par les Trente Glorieuses contrairement à ses voisins européens. Les années 1950 ont ainsi été l’occasion d’un nouveau départ pour Chelsea.

L’équipe de Chelsea en 1950 – Le Sens du Jeu

En effet, Chelsea, par un double phénomène de recrutement administratif et de gentrification, entra en mutation pour repenser sa philosophie. Pour la première fois, le club investit dans la jeunesse et dans une équipe certes plus modeste, mais aussi plus soudée. Dans le même temps, Londres se réinvente et les quartiers de Fulham et de Chelsea s’appauvrissent faisant de Stamford Bridge, un lieu de rencontre favorisant la mixité sociale. Le sport se démocratise et l’élévation du niveau de vie des familles moyennes leur permet désormais de s’offrir un billet. Les riches propriétaires d’autrefois partagent désormais leur club avec les familles moyennes et populaires des années 1950.

Ce changement finit par payer. Gus Mears, en faisant confiance à Ted Drake, ancienne pointe d’Arsenal devenu entraineur de Chelsea ; le club connait son premier succès national en 1955. Plus tard, Chelsea gagnera la Coupe d’Europe des clubs champions (C2) en 1971 grâce au « King de Stamford Bridge » Peter Osgood. Pour l’anecdote et malgré tout le respect et l’amour que j’éprouve pour Franck Lampard, je me dois de signaler que Monsieur Osgood est le seul joueur de l’histoire de Chelsea à avoir sa statue à l’entrée du stade.

Les années 1980 représentent les années noires de Chelsea. Nicolas Sarkozy, alors jeune maire de Neuilly avançait : « On a souvent les dirigeants qu’on mérite ». L’ancien chef de l’état bien que limité dans ses analyses footballistiques (rappelons qu’il supporte le PSG) résume par cette phrase l’ambiance des années 80 dans l’ouest Londonien. Tandis que les supporters deviennent ingérables avec de nombreux problèmes liés à l’hooliganisme, les résultats du club sont calamiteux. Pire, Chelsea sera vendu pour un Pound symbolique, mettant par la même occasion son stade en danger, à la merci de promoteurs immobiliers. Ken Bates, le nouveau propriétaire assainira le club, engageant de grands travaux de rénovation sur le stade malgré des résultats plus figues que raisins.

La suite de l’histoire ? Nous la connaissons tous. Chelsea fut racheté par Roman Abramovitch en 2003, et sous l’impulsion du milliardaire russe, devint le club le plus riche de la planète dans la deuxième partie de la décennie 2000. Stamford Bridge devint une forteresse imprenable sous l’égide de José Mourinho avec pas moins de 86 matchs sans défaite dans l’antre bleues ce qui mena le club au titre de Champion d’Angleterre une nouvelle fois, 50 ans après. En Europe, Chelsea ira même jusqu’à soulever la coupe aux grandes oreilles (C1) face au Bayern dans son stade en 2012, puis remporter la Ligue Europa (C3) l’année d’après sur un but d’Ivanovic, le plus offensif des défenseurs, face au Benfica. Ces deux succès font de Chelsea l’un des cinq clubs avec le Bayern, l’Ajax, la Juventus et Manchester United à avoir gagné toutes les coupes d’Europe.

Finale de la Ligue des champions 2012 remportée par Chelsea – Le Sens du Jeu

Aujourd’hui Chelsea a tout gagné mais peine à préparer le futur. Chelsea est toujours l’un des clubs les plus riches de la planète mais peine à exister de nouveau sur la scène européenne comme à attirer de nouveaux joueurs. Après avoir laissé filer Lukaku, de Bruyne et Salah, la capacité des blues à conserver les futurs grands peut clairement être mise en doute. Alors que Chelsea est désormais interdit de recrutement par l’UEFA, peut être le club aura-t-il la présence d’esprit de se tourner vers l’un des centres de formations les plus efficaces du monde ? Pour éviter que l’histoire ne se répète à Chelsea, peut-être faudrait-il commencer à l’étudier.

Dans tous les cas, malgré les obstacles et la folie des grandeurs de ses dirigeants, l’avenir de Chelsea se jouera, encore et toujours, dans sa maison désormais centenaire : Stamford Bridge.

Louis Brau.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s