Le monde du foot : du centre de formation à l’équipe A

                Après de nombreuses discussions avec des amis, je me suis rendu compte que la nationalité des joueurs d’une équipe était importante aux yeux de certains. Qui n’a jamais entendu cette phrase « Je n’aime pas Paris, ce n’est plus un club français, il n’y a pas d’âme, c’est un produit manufacturé made in Qatar, je ne peux pas les supporter en C1 ». Je me suis alors posé certaines questions d’autant que d’autres amis faisaient des comparaisons avec des clubs étrangers « Au Barça, c’est rempli d’Espagnols, et le club appartient aux supporters, pas à des princes qatari ».

C’est vrai, il a sans doute raison. Mais quand on y réfléchit, des joueurs français, des très bons, on en a. Je ne vais pas faire une liste, ce serait très long. Alors pourquoi ne restent-ils pas en France ? Et surtout, pourquoi les autres joueurs restent dans leur club natal ou de formation ? Il y a plusieurs réponses à ces questions. Certains diront facilement que c’est parce que la Ligue 1 n’intéressent pas les grands joueurs qui préfèrent la Premier League ou la Liga.

Mais je pense aussi qu’il y a d’autres réponse possibles et surtout plus logiques, plus pragmatiques. Et ces réponses, on les trouve dans le Droit. Et oui, parce qu’on se rend compte que l’argent, finalement, ne fait pas tout.

Siège de la FIFA à Zurich – Le Sens du Jeu

Et comme le droit n’est pas simple et que la FIFA n’est pas partisane d’une transparence totale sur ses comptes et ceux des clubs, tout s’entremêle, se superpose car de nos jours, et sans révéler quoi que ce soit de surprenant, le joueur de foot est avant tout un placement financier hautement rentable.

Alors quand on fouille un peu sur le net, sans que tout soit précis et raisonnablement vrai, on s’aperçoit que cette toile à l’air finement étendu et complexe. Transfert de joueurs, la propriété d’un joueur, son origine parfois, leurs droits face à ceux de leur clubs, etc… Rajoutons à cela, les droits et obligation des clubs vis-à-vis des joueurs, des clubs, des Etats et aujourd’hui, en plus, de l’Union Européenne. Vous la voyez la boule de laine bien tassée et difficile à démêler ?

Et bien c’est tout ça qu’on va essayer de comprendre. Etape par étape, passe après passe, drible après drible.

Commençons par le commencement : le joueur.

Qui parmi nous ne rêverait pas d’être un joueur professionnel ? Fouler la pelouse en même temps que Messi, Ronaldo et Memphis Depay ? (Sans conteste les trois meilleurs joueurs au monde à l’heure actuelle).

Mais avant d’être un pro, il faut être un amateur et un jour, si vous êtes bon, un recruteur sonnera peut-être à votre porte pour vous ouvrir celles des centres de formations. Schématiquement, on pense tout de suite à un premier contrat, des entrainements tous les jours, des gros matchs et dans quelques années, on joue dans la cour des grands. Mais non, tout n’est pas si beau, hélas pour vous.

Jeune joueur – Le Sens du Jeu

Tout d’abord, il ne faut pas oublier que tous les clubs professionnels, que vous le vouliez ou non, sont des sociétés et leur premier but et de gagner de l’argent. La preuve en est que très peu de joueurs font une carrière entière dans un seul club. Et ceux qui le font, ne pensez pas qu’il ne fasse seulement par amour du maillot (même Messi, je vous jure…). Mais nous reviendront sur ce sujet dans un autre épisode.

Vous êtes donc un jeune joueur plein de talent et un recruteur ou un agent dit « sportif » vient sonner chez vous pour vous convaincre de rentrer (d’essayer de rentrer) dans tel centre de formation. Le piège est tendu, le rêve est vendu. Vous abandonnez tout et partez écrire l’histoire du foot. Vous y croyez, sur cent jeunes qui rentrent en centre de formation, un seul deviendra pro. Sachant que dans votre centre, vous êtes moins de cent… En 2013/2014, la France comptait 15 pôles espoir de formation avec 400 inscrits, soit 25 joueurs par pôles. A partir de 15 ans, un jeune sur deux rentre (en moyenne) en centre de formation et qu’un sur dix signera un contrat pro (un contrat de remplaçant dans un club de Ligue 2 vaut contrat pro). Old Trafford parait bien plus loin d’un coup… D’autant qu’il faut maintenant envisager deux hypothèses. La première, vous avez signé un contrat pro, bravo, mais rien n’est fait pourtant. La seconde, vous n’avez pas signé de contrat pro… La tuile.

Bojan Krkic, heureux à Stoke City

Dans le cas où un contrat pro est signé, tout semble gagné et pourtant… Nombreux sont les exemples qui démontrent que la carrière d’un footballeur peut s’arrêter d’un jour à l’autre. Qui se souvient de ces joueurs d’ailleurs. Un exemple évoquant est celui de Bojan Krkic, le Serbo-espagnol. Joueur de la Masia (le centre de formation du FC Barcelone), qui reçoit l’éloge de beaucoup, il a pourtant subi ce qui arrive souvent, et très souvent bien avant, un burn-out. Le jeune joueur, brillantissime lors de la coupe du monde des U19 avec l’équipe d’Espagne, il intègre le vestiaire grandiose de l’équipe A à seulement 17 ans. Pourtant, très vite, il craque. Pourquoi ? La médiatisation est trop forte. En effet, beaucoup de monde voyait en lui le futur Messi. Il s’exprimera dix ans plus tard sur cette expérience. Il raconte que la pression était trop forte et qu’à 17 ans, la « peur de mal faire » aux côtés de Puyol, Eto’o et Iniesta l’a saisi. Conséquemment, ce sont des crises d’angoisse multiples qui apparaitront. Crises qui mettront fin à la grande carrière dont tout le monde rêve dans ce milieu. Aujourd’hui, il joue en D2 anglaise et dit être heureux, c’est au moins ça. Cela paraît avoir bien fini tout de même… Mais parce que le talent était là. Pour tous les jeunes joueurs qui craquent juste avant, malgré le talent, il n’y a pas de filet pour les sauver.

Il y a aussi de nombreux cas où c’est une blessure qui mettra fin à une carrière, on pourra parler de Gourcuff dans ce cas (le futur Zidane…). Ou encore plus oublié, quel joueur russe a disparu du monde du football d’un jour à l’autre sans que personne ne se souvienne de lui ? Vous l’avez sûrement.

La Masia, le centre de formation du FC Barcelone

On entre alors dans des cas encore plus sombres à présent. La Masia fait rêver. Ses jeunes joueurs, de plus en plus, envahissent nos réseaux sociaux et cette médiatisation est parfois critiquée. A juste titre et ce pour plusieurs raisons. D’abord pour les protéger ces jeunes, directement. Personne ne souhaite voir un nouveau Bojan Krkric. Mais que peut-on faire ? Rien en réalité, les parents sont bien souvent d’accord avec tout cela et bien souvent ne se rendent pas compte du mal provoqué.

Ensuite, il y a l’aspect moral : il ne faut pas se leurrer, cette médiatisation est orchestrée par les clubs et ce, non sans arrières pensées… pécuniaires. L’exemple phare actuellement est celui de Xavi Simons. Haut de 15 ans, on parle de lui comme le nouveau Messi (encore un). Contrat juteux avec Nike, un compte Instagram qui dépasse les 1 million d’abonnés, une équipe de marketing et de communication dédié, le jeune a tout. Et alors, il y a deux visions. D’un côté nous pouvons nous dire que le club a appris de ces erreurs et aujourd’hui, il forme ces jeunes à aussi supporter la médiatisation et les entoure des bonnes personnes. De l’autre côté, on y voit aussi le futur filon d’or que le club ne souhaite pas perdre. Les deux ne sont pas incompatibles bien sûr, mais honnêtement, pourquoi médiatiser un jeune si tôt ? Parce qu’un club est une société, son but premier, c’est gagner de l’argent. Alors, si jamais d’ici ces 17 ans, le jeune Xavi (nommé ainsi en honneur du grand joueur qui l’a précédé dans ce club) ne remplit plus réellement les caractéristiques du prodige mais qu’il reste assez bon pour être vendu, imaginez la plus-value. C’est l’objectif premier, « quoi qu’il arrive, on ne perd pas », voilà la politique des grands clubs. Moralement, c’est ambigu.

Théo Chendri, loin du Camp Nou

Et les autres de son équipe ? Un autre exemple : Théo Chendri. Le jeune joueur signait à Barcelone à 14 ans. Après 5 années à la Masia, on lui indique la sortie, faute de niveau de jeu. Espérant rebondir, il signe au FC Nantes. Aujourd’hui il est remplaçant de l’équipe réserve (qui joue en National 2), son contrat se termine à la fin de la saison, son avenir est plus qu’incertain. S’il ne trouve pas de club, espérons qu’il ait mis de côté… D’ailleurs, il reviendra sur ces années dorées lors d’un interview pour actu foot : « Je ne réalisais pas vraiment. A 14 ans, tout me tombait dessus, les contacts avec les plus grands clubs d’Europe qui me proposaient tous des contrats, les sponsors Nike, Adidas etc… tout ce qu’un joueur de L1 peut vivre, je le vivais à 14 ans ! ».

Bien évidemment, il faut aussi relativiser. Rêver très grand et finir pro dans une D2 européenne, ce n’est pas un échec.

Voilà de quoi vous donner une idée de tout ce qu’il peut se passer en dehors du terrain. Il y a des règles, mais on verra qu’elles sont souvent bien détournées et pour le coup, il n’y a pas de VAR !

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