« Je vais essayer de réveiller un géant endormi. »

par Gabriel Blondel

Alors que le printemps arrive à grands pas, l’arrivée de Paulo Sousa sur les rives de « La Belle Endormie » marque la fin de l’hibernation pour les Girondins de Bordeaux. L’entraîneur portugais vient de s’engager jusqu’en juin 2022 avec le club au scapulaire avec dans ses valises un nouveau staff technique soucieux de redonner des couleurs au terne jeu proposé par les Marines et Blancs cette saison. Après une saison dores et déjà ratée où Bordeaux pointe à une médiocre 13e place, le match comptant pour la 28e journée de Ligue 1 contre le Stade Rennais constitue le point de départ d’une nouvelle ère devant définitivement lancer le projet des investisseurs américains de GACP. Peut-être de quoi enfin agiter les eaux bien trop tranquilles de la Garonne ces derniers années.

Le nouveau staff technique des Girondins avec au centre le nouvel entraîneur Paulo Sousa et à gauche Eric Bédouet retrouvant ses fonctions de préparateur physique.

Il est clair que cette saison s’apparente plus à un chemin de croix pour les supporters bordelais qu’à autre chose. Seulement 34 points au compteur après 29 journées de championnat, une élimination dès les phases de poules de l’Europa League, une élimination en demi-finale de la Coupe de la Ligue contre Strasbourg et surtout un jeu proposé d’une qualité proche du néant : 27 buts marqués en 28 matchs, soit la 15e attaque de Ligue 1, plusieurs matchs sans aucune frappe cadrée, des corners au 6e poteau… Autant dire que sans un Benoît Costil, extraordinaire dans les buts bordelais depuis le début de la saison, la situation aurait pu être bien plus alarmante. Sans parler des joueurs prêtés qui sèchent l’entraînement pour aller faire du shopping sur les Champs-Elysées, de ceux qui ratent un mois de compétition pour cause de « complications suite à des implants de barbe ». En bref, la pire saison du club depuis près de 15 ans et la saison 2004/05 au terme de laquelle Bordeaux avait terminé à la 15e place.

Parmi les causes explicatives de cet échec, on peut citer la démission surprise de Gustavo Poyet en tout début de saison, suite à un désaccord sur la vente de Gaëtan Laborde à Montpellier, la signature avortée de Thierry Henry ayant entraîné la nomination dans l’urgence du brésilien Ricardo. L’ancienne star du PSG ayant déjà entraîné les Girondins entre 2005 et 2007 n’est pas au mieux depuis son AVC en 2011 et qui plus est non titulaire des diplômes nécessaires pour entraîner en Ligue 1, ceci obligeant le préparateur physique Eric Bédouet d’occuper officiellement la fonction d’entraîneur. Mais au-delà du manque d’efficacité de ce duo improvisé, le difficile rachat du club par les fonds d’investissement américains General American Capital Partners (GACP) et King Street ayant intervenu en octobre dernier, soit en plein milieu de la saison, a fortement compliqué la situation. La cession du club par l’ancien propriétaire du club M6 a en effet pris plus de temps que prévu et à donner lieu à une situation des plus complexes l’été dernier. Chaque transfert ou autre décision d’importance nécessitait un accord bilatéral entre l’actuelle et la future direction, ceci pouvant expliquer l’échec global du dernier mercato estival.

Paulo Sousa lors de la conférence de presse officialisant sa signature lundi 11 mars dernier

Mais alors que l’on se dirigeait vers une fin de saison des plus compliquées au comble de l’ennui, le nouveau propriétaire du club, Joe Da Grosa, a décidé de se séparer de Ricardo après la défaite de trop face à Nantes (1-0) le 24 février dernier, et de rechercher activement un nouveau coach afin de préparer au mieux la saison prochaine et repartir sur de meilleures bases. Le choix s’est finalement porté sur le technicien portugais de 48 ans Paulo Sousa, libre depuis la fin de son aventure sur le banc de l’équipe chinoise du Tianjin Quanjian. L’ancien coach de Leicester, du Fc Bâle ou encore de la Fiorentina s’est donné un objectif pour ces dix derniers matchs de la saison : changer les mentalités et réveiller la « Belle endormie » !

Et le moins que l’on puisse dire c’est que le double la Ligue des Champions, en 1996 avec la Juventus et en 1997 avec le Borussia Dortmund, a déjà fait forte impression sur les terrains du Haillan. Des séances très physiques et des mises en place tactiques inédites avec notamment des schémas de jeu à trois défenseurs. Au terme des deux séances d’entraînement quotidiennes, le défenseur brésilien Pablo confessait : « Ça c’est sûr que ça a été dur. On travaille beaucoup l’intensité, c’est plus fort qu’avant. Maintenant il faut le faire pendant le match. » Le coach portugais s’est également illustré ce vendredi en conférence de presse. Très à l’aise pour passer du Portugais au Français qu’il comprend déjà parfaitement, il est resté plus d’une heure face aux journalistes et n’hésitait pas à reprendre la traductrice pour ne pas déformer ses propos sur l’aspect tactique : »Les systèmes que ce soir 4-4-2 ou 4-4-3, c’est trop statique. Je vois le jeu comme une dynamique […] L’équipe doit être protagoniste du match, c’est-à-dire dans l’organisation défensive, offensive, les deux transitions (récupération et perte de la balle), et les coups de pieds arrêtés. » Celui qui considère Arsène Wenger comme son modèle en termes d’entraîneur commence, au bout d’une semaine seulement, à imposer sa vision et sa philosophie du jeu afin de remuer ce qu’il a lui-même nommé « un géant endormi« .

Eduardo Macia en approche

Eduardo Macia en conférence de presse alors qu’il était en poste au Bétis Séville.

En plus de la signature de Paulo Sousa, les nouveaux dirigeants bordelais sont sur le point de réaliser un deuxième gros coup. Pour mener à bien leur objectif de restructuration profonde du club, les propriétaires américains ont fait appel à l’éminent directeur sportif Eduardo Macia, qui devrait débarquer en Gironde dans le courant du mois d’avril prochain. Celui qui est notamment responsable de la venue de Fernando Torres lorsqu’il officiait encore à Liverpool, a en effet quitté ses fonctions de responsable du recrutement de Leicester jeudi dernier pour ce qui s’apparente à une arrivée imminente en terres girondines.

Dans tous les cas, il est désormais certain que les nouveaux investisseurs américains ne sont pas venus en Gironde pour mettre en place un projet low-cost. Le nouveau boss bordelais Joe Da Grosa se donne les moyens de ses ambitions et démontre que ses promesses n’étaient pas que des paroles en l’air. Sousa dispose d’une dizaine de matchs pour voir sur quels joueurs il comptera la saison prochaine et pour identifier les postes ayant besoin d’être renforcés l’été prochain. Avec un directeur sportif de la trempe d’Eduardo Macia et l’étendue de son réseau de joueurs, cela ne devrait pas trop poser de problèmes. Il ne reste plus qu’à assurer définitivement le maintien en Ligue 1 pour vivre une fin de saison plus sereine.

Composition en 3-4-3 des Girondins de Bordeaux face eu Stade Rennais lors de la 29e journée de Ligue 1.

Le résultat, quoique décevant, face au Stade Rennais à domicile (1-1) en raison de l’égalisation tardive de M’Baye Niang à la 92e minute, demeure tout de même encourageant. La composition, inhabituelle en Gironde, mise en place par Paulo Sousa avec une défense à 3 semble déjà avoir fait ses preuves. Plus de verticalité dans le jeu de passes, une plus grande agressivité à la perte du ballon et surtout un apport très intéressant des deux latéraux avec aussi improbable que cela puisse paraître, une performance aboutie de notre Maxime Poundjé national (à l’exception de sa tête sur la barre de Benoît Costil ayant failli coûter un but contre son camp). L’attitude passive voire apathique de certains joueurs sur le terrain semble avoir été remplacée par l’envie de se dépasser et de devenir acteur à part entière du jeu. Preuve de cette embellie, la neuvième réalisation de la saison de François Kamano à la 56e minute, muet devant le but depuis le début de l’année 2019, qui reprend une tête de De Préville suite à un bon centre de Youssouf Sabaly.

Simple effet éphémère suite au changement d’entraîneur ou véritable révolution durable ? Seuls les prochains matchs nous le diront. La profonde restructuration du club, à tous les étages, laisse en tout cas présager de jours meilleurs sur les bords de la Garonne. Le projet américain semble enfin définitivement lancé.

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