Qatar 2022 : Le Mondial qui valait 1 milliard

par Gabriel Blondel

Coup de chaud sur le Qatar. Après un nouvel échec cuisant du Paris Saint-Germain en Ligue des Champions, club dont l’Etat qatari est le propriétaire, voilà que de nouvelles preuves de l’existence d’un système de corruption pour obtenir l’organisation du Mondial 2022, viennent d’être mises au goût du jour. Dans son édition du 10 mars dernier, le Sunday Times révèle que l’émirat de la péninsule arabique aurait offert près d’un milliard de dollars à la FIFA, par différents stratagèmes financiers, afin d’influencer le vote de ses membres. Alors que les soupçons de pots-de-vin et autres polémiques commençaient à se faire oublier, ces nouvelles révélations du média britannique risque de remettre encore plus en cause la légitimité de l’émirat gazier à accueillir la plus grande compétition sportive du monde.

L’émir du Qatar Tamim ben Hamad Al-Thani aux côtés de l’ancien président de la FIFA Sepp Blatter (à droite) lors de l’attribution de l’organisation de la Coupe du Monde 2022.

2 décembre 2010, Zürich, Suisse. L’émir Tamim ben Hamad Al-Thani soulève en vainqueur le célèbre trophée doré suite au vote du comité exécutif de la FIFA attribuant l’organisation de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Une décision pour le moins inattendue plaçant la pétromonarchie, d’à peine 2 millions et demi d’habitants, au centre du monde footballistique et des relations internationales pour la première fois de sa jeune histoire. Le premier exportateur mondial de gaz naturel avait en effet mis de sacrés arguments financiers sur la table dont une promesse d’investissements records de 200 milliards de dollars, un record pour l’organisation d’une Coupe du Monde.

Les dirigeants qataris anticipent l’épuisement de leurs ressources en énergies fossiles et entamant une reconversion de leur économie vers l’événementiel sportif, tout en développant leur soft-power via le football. L’accueil de cette coupe du monde représente donc une opportunité unique pour moderniser le pays et l’équiper en termes d’infrastructures sportives. Point d’orgue du projet, la construction de huit stades à l’allure futuriste, entièrement climatisés et aux toits réversibles, sortis tout droit du dessin animé Galactic Football, dont voici quelques exemples :

Lusail Iconic Stadium

Capacité : 86 250 places

Plus grand stade de la compétition qui accueillera le match d’ouverture ainsi que la finale.

Doha Sport Stadium

Capacité : 44 950 places

Al-Khor Stadium

Capacité : 45 330 places

Al-Shamal Stadium

Capacité : 45 120 places

Mais au-delà de ces montants astronomiques et de ces stades pharaoniques, les Qataris n’ont pas hésité à influencer directement le vote du Comité exécutif de la FIFA (Exco) et ainsi s’assurer d’obtenir l’accueil de la compétition. Le Sunday Times affirme qu’un contrat sur les droits télévisuels des mondiaux 2018 et 2022, pour la zone Moyen-Orient / Afrique du Nord, d’un montant de 400 millions de dollars ($) a été passé entre l’instance du football international et la chaîne Al-Jazeera, propriété de l’émir du Qatar, trois semaines avant le déroulement du scrutin. Cette offre du Qatar d’un montant faramineux n’avait pas été formulée suite à un quelconque appel d’offre de la FIFA, ce qui va à l’encontre des règles de transparence de sa charte. De plus, dans le cas où le Qatar été élu pays organisateur du 22e mondial de football, une prime de 100 millions de $ viendrait compléter le premier versement. Ce « deal » avait à l’époque était conclu entre Sepp Blatter et un certain Nasser Al-Khelaifi, alors directeur d’Al-Jazeera, avant que celui-ci ne prenne ses fonctions de président du PSG.

En somme, un conflit d’intérêt contraire aux règles d’éthique de la FIFA censées interdire toute formulation d’offre financière à la Fédération internationale de la part d’une entité liée à une candidature en rapport avec le processus d’attribution. Malgré cette infraction évidente des règles de la FIFA, le président de l’époque Sepp Blatter et son secrétaire général Jérôme Valcke n’ont eu aucun scrupule a contre-signé le contrat et ainsi renflouer les caisses de la FIFA.

L’émir Tamim Bin Hamad, Sepp Blatter et Jérôme Valcke se congratulant après la victoire du Qatar.

De plus, un autre document des Fifa Files de 2014, divulgué par le Sunday Times, révèle que plusieurs accords secrets ont été passés suite à des rencontres entre un membre qatari de l’Exco, théoriquement neutre, Mohammed bin Hammam et d’autres membres de ce comité afin d’obtenir leur voix et s’assurer la majorité des votes, soit 13 sur 24. Ce dernier aurait utilisé des fonds secrets pour effectuer des dizaines de paiements et ainsi appuyer la candidature qatarie. Ces virements bancaires totalisaient plus de 5 millions de $ et étaient bel et bien destinés à des hauts responsables du football international. Bin Hammam a notamment versé 1,6 millions de $ et 305,000 autres sur les comptes de deux de ses collègues électeurs pour prévenir de tout vote contre le Qatar. Sans parler de l’arrangement conclu avec l’électeur thaïlandais sur les exportations de gaz en Thaïlande ou des paiements destinés à une société New-Yorkaise chargée de mener des campagnes de publicités négatives contre les deux principaux concurrents du Qatar, en l’occurrence les Etats-Unis et l’Australie.

Le journal londonien démontre, preuves à l’appui, que les Qataris ont employé des moyens illégaux pour être élu pays hôte de la plus grande compétition sportive du monde. Une enquête interne a bien été lancée en 2014 par la commission d’éthique de la FIFA mais les conclusions du rapport Michael Garcia, nom du procureur américain en charge de l’enquête sur les soupçons de corruption lors des attributions des mondiaux 2018 et 2022, estimaient que la portée des éléments douteux ayant accompagné le processus étaient « de portée très limitée ».

Un Mondial à 48 équipes ?

Le 15 mars dernier, l’actuel président de la FIFA Gianni Infantino annonçait l’élargissement de la Coupe du Monde de 32 à 48 équipes. Cette réforme, validée à Miami par le Conseil de l’instance mondiale, marque une nouvelle étape dans la mondialisation démesurée du football et celle-ci devrait entrer en vigueur dès la prochaine Coupe du Monde au Qatar. Dont voici la nouvelle formule :

Toutefois, le passage à 48 équipes serait un défi insurmontable pour le minuscule émirat du Golfe n’ayant ni le temps, l’espace ou les moyens financiers pour construire deux nouveaux stades en plus des huitv déjà existants, qui suffiraient à assurer l’organisation du tournoi selon les dires d’Infantino. Il faudrait donc que le Qatar coorganise la compétition avec un autre Etat voisin. Or cela s’annonce fastidieux au vu de la délicate situation géopolitique du Qatar qui subit un isolement diplomatique et un blocus économique organisé par l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn et l’Egypte depuis juin 2017. Et en cas de non-levée du blocus, la solution viendrait des deux seuls Etats restés neutres dans cette crise diplomatique, à savoir le sultanat Oman et le Koweït.

Le feuilleton autour de ce Mondial 2022 n’est donc pas prêt de se terminer. Entre les accusations de corruption de plus en plus intenses et les dénonciations des conditions de travail des ouvriers sur les chantiers des stades. L’article fourni du Sunday Times ainsi que le dernier rapport d’Amnesty International, paru en février dernier (lien ci-dessous), témoignent de l’intensification de la pression internationale sur le Qatar et la FIFA, qui devront garder les reins solides et avaler des couleuvres certainement jusqu’en 2022.

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