Neymar, l’artiste qui ne signait pas ses tableaux

Victime d’une fracture du cinquième métatarsien – l’os du petit orteil – en marge du match de coupe joué contre Strasbourg mercredi dernier, Neymar devrait être écarté des terrains au minimum pendant 2 mois. Pour les supporters parisiens, une certaine sensation de déjà-vu plane au-dessus de la capitale depuis hier. Une sensation étrange, au goût amer, encore enveloppée d’un certain nombre de questions dont la plus inquiétante : reverra-t-on Neymar sous le maillot parisien cette saison ? Pour rappel, la même blessure avait l’an dernier tenu le parisien à l’écart des terrains pendant près de 3 mois.

C’est pour nous l’occasion de revenir sur la jeune carrière de Neymar. Entre roi de l’évitement, et prince de l’échappement.

Un roi de l’esquive…

Il n’a plus rien à prouver balle au pied. Il est l’essence même du Brésil, de sa culture footballistique des rues, de cet état d’esprit qui valorise plus le dribble que le but. Il est de ceux qui préfèrent le voyage à la destination. Alors quand il se lance sur la pelouse, il faut comprendre quel amour de l’esquive le pousse à alterner les petits ponts, virgules et autres râteaux. C’est que pour lui, l’odeur du cuir, c’est son enfance à Santos, le sol irrégulier des rues, les mouvements chaloupés de la samba. Si le foot infuse nos sociétés, il ne faut pas croire que la réciproque est inexistante : nous jouons au foot de la même manière que nous vivons. Il serait réducteur de décréter que le joueur « européen » est efficace et le « sud-américain » plus artistique, mais il serait inutile de ne pas avouer à quel point l’âme d’un pays nous aide à pousser le ballon d’une certaine manière. Pour Neymar, le foot est à l’image du quotidien, des conceptions latines de la vie et du temps : c’est un instant qu’on privilégie au rendement. ça ne l’empêche pas d’être un joueur statistiquement affolant, mais c’est ce qui lui fera souvent préférer l’amusement à l’efficacité brutale d’un jeu sans quelques pas de danse.

…Au corps de cristal


Sa carrière footballistique est celle d’un peintre qui ne finirait pas ses tableaux

Mais voilà, cette année encore, il loupera les matchs les plus importants du PSG. Comme il les avait loupé l’an dernier. Il ne sera sûrement pas remis totalement pour jouer la Copa América au Brésil. Comme il ne l’avait pas été l’an dernier au moment de jouer la coupe du monde avec les auriverde. La liste ahurissante de ses blessures sur les deux dernières années témoigne de sa fragilité. Et sa fragilité, du revers malheureux de la médaille. Avec plus de 190 jours de blessures et 31 matchs loupés avec le PSG depuis son arrivée, il a à peine joué un match sur deux sous le maillot parisien. Et pas forcément les plus importants. Pour un investissement à plus de 220 Millions d’euros, le rendement sportif interroge. Mais au-delà des blessures, c’est sur la nature du joueur, que nous nous posons des questions. Ses absences chroniques semblent être le reflet de ce qui finit d’encadrer le portrait de Neymar : son incapacité à achever ses chef-d’oeuvres. Sa carrière footballistique est celle d’un peintre qui ne finirait pas ses tableaux. Il est l’homme des instants, de la fougue, pas celui du temps-long. Et dans tout ça, c’est le Brésil et le PSG qui paient. Car l’erreur de Paris aura finalement été de confondre l’éclat et le rayonnement. Et d’oublier le proverbe : La véritable grandeur n’est pas d’apporter la lumière aux plus démunis, mais d’apporter les plus démunis à la lumière.

Float like a butterfly, Sting like…


Le sport, et à plus forte raison le football, c’est la violence encadrée par l’art.

Ce n’est pas vraiment le même sport, mais l’idée est au fond la même : pour la boxe comme pour le foot, il faut savoir alterner entre la souplesse et la puissance, la douceur et la férocité, l’esquive et la charge. En somme, comme le dit le grand Mohammed Ali, il faut être papillon et abeille. C’est l’essence même du sport : la jonction entre l’art et la violence. Il ne faut pas oublier pourquoi nous courrons, nous frappons, nous suons. Parce que la douleur est addictive, qu’on la reçoive ou qu’on l’inflige. Le sport, et à plus forte raison le football, c’est la violence encadrée par l’art. La part animale de l’homme soumise à sa part civilisée. Neymar est un génie, c’est indéniable, parce qu’arriver à son niveau en ne sachant que danser, tout en oubliant la fin de la phrase, c’est prodigieux. Mais c’est parce qu’il ne sait que danser, et ne cogne jamais qu’il ne pourra jamais être le meilleur. Et que ses équipes ne pourront jamais totalement compter sur lui. Il peut dribbler La chenille a éclos et Neymar est un papillon rare. Mais ses ailes, aussi grandes soient-elles, seront toujours trop fines pour soulever des trophées.

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